« Nous ne sommes jamais aussi mal protégés contre la souffrance que lorsque nous aimons. »

Avis sur La Forme de l'eau

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Guillermo del Toro et moi, c'est une histoire d'amour. Je ne suis pas le seul, je le conçois bien, mais j'aime me sentir proche de son cinéma, de cet homme, de cet artiste. Son univers m'inspire, dans mes dessins, dans ma musique, dans mes lectures. Il est devenu au fil du temps l'une de mes références, son Labyrinthe de Pan m'avait chamboulé. Son Cabinet des Curiosités m'avait aussi séduit au plus haut point. Ainsi, j'attendais The Shape of Water avec un engouement des plus sincères, ravi de voir le cinéaste concrétiser l'un de ses projets. Et quel projet, quelle œuvre. Une œuvre qui elle aussi est sincère, une déclaration d'amour à ce qu'il aime, à ceux qu'il aime.

The Shape of Water est l'histoire d'un amour impossible entre une jeune femme muette et femme de ménage et une créature amphibienne, inspirée de celle du Lagon Noir, durant la guerre froide. Un contexte qui permet de justifier les agissements caricaturaux de la famille de Richard Strickland, famille heureuse et conservatrice, et qui permet aussi par l'intermédiaire de cette époque raciste, en partie homophobe et sous tensions, une réflexion sur la notre. Guillermo del Toro se sert de son film, de son histoire d'amour, pour faire passer un message de paix, un message universel clamant que ce sont les différences qui rapprochent les hommes, et non les ressemblances. Nous nous aimons car nous nous complétons, nous nous aimons car nous nous voyons l'un dans l'autre. Cela Sally Hawkins l'a compris et le retranscrit avec tendresse et émotions. Douce et fragile, belle et obstinée dans son dévouement, Sally Hawkins émeut et humanise son personnage à merveille. Son compagnon de scène, Doug Jones, capte l'essence de la créature comme à son habitude, et parvient lui aussi à faire passer son amour pour Sally dans son regard. Car The Shape of Water c'est un regard, sur le monde, sur deux êtres qui s'aiment que la société sépare ; un regard rempli de larmes qui ne cherche pas le mal. Celui-ci est incarné par Michael Shannon, très bon dans la peau de cet homme soumis à sa fonction et à ses supérieurs, mais qui prend plaisir de son grade. Richard Jenkins et Michael Stuhlbarg sont eux aussi très justes, tout comme Octavia Spencer. Guillermo del Toro dirige parfaitement ses comédiens, mais sa réalisation l'est tout autant. Esthétique sans être gratuite, bercée par une très belle photographie ainsi que des jolies compositions d'Alexandre Desplat, elle fait virevolter le spectateur comme une danse d'amour. Constamment en mouvement comme l'esprit d'une jeune personne lors d'une première rencontre, elle sublime le fantastique, elle magnifie la passion, elle glorifie la différence.

Si l'histoire est simple elle n'est en rien simpliste et ordinaire, et dans un temps où les hommes se déchirent entre eux il est nécessaire de laisser une place aux œuvres de paix et de sensualité. La fantaisie et le fantasme seront toujours primordiaux pour laisser s'évader l'amoureux en nous et voir de tels cinéastes le remarquer pousse à croire que le cinéma hollywoodien n'est pas qu'une machine sans cœur, dont les derniers battements seront à l'image des dernières larmes d'un amour éternel.

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