Profondeurs insondables

Avis sur La Forme de l'eau

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Il était annoncé parmi les favoris lors de la 90ème cérémonie des Oscars, et le destin lui a donné raison, avec notamment l’Oscar du Meilleur Film, et l’Oscar du Meilleur Réalisateur pour Guillermo Del Toro. Consécration pour un cinéaste mettant la monstruosité le cœur de ses films, notamment après Le Labyrinthe de Pan et les Hellboy. La Forme de l’Eau était donc un des films les plus attendus de l’année, et le moment semble opportun pour s’y attarder. Prenez votre respiration, immersion !

Le film nous immerge, dès le début, dans une ambiance saisissante de beauté, avec des décors sous-marins magnifiques, accompagnés par la musique enchanteresse d’Alexandre Desplat qui nous livre ici une merveilleuse composition. En choisissant une sorte de flash-back onirique pour débuter son film, Guillermo Del Toro fait la part belle au mystère, à la nostalgie et la mélancolie, parfait mélange pour nous mettre dans les meilleures conditions afin de parcourir cette histoire aux nuances bleutées et aquatiques. Très rapidement, les thématiques principales du film se dégagent, la marginalité en premier.

La femme de ménage, muette, vit dans la solitude, tout comme son colocataire qui voit les années passées, et son homosexualité comme un obstacle à toute relation amoureuse. L’amie d’Eliza vit avec un mari qui ne la considère plus. Strickland, l’antagoniste, cherche la reconnaissance, tout comme le Dr Hoffstetler, agent russe infiltré, mettant sa vie en danger pour l’amour de son pays, dont il est plus éloigné que jamais. Enfin, la créature, elle, n’est pas considérée, elle n’est qu’un objet de laboratoire, incapable de communiquer verbalement avec les humains, et cristallisant tous les manques vécus par les protagonistes de l’histoire. Les manques sont donc les clés de cette histoire où les personnages cherchent tous à s’accomplir, à atteindre un idéal qui les échappe dans un contexte hostile et difficile.

La Forme de l’Eau est un conte étrange. A la sortie de la salle, impossible de définir notre séance correctement. Beau, mais cru. Violent, mais doux et poétique. Singulier, mais universel. Le film n’a de cesse de changer de ton, n’hésitant pas à être cruel ou cru pour éviter le piège d’un conte trop gentillet ou prévisible. Toutefois, cela ne l’empêche pas d’être poétique et de proposer quelques fulgurances d’une rare beauté. Mais Guillermo savait-il vraiment sur quel pied danser ? Car ces variations, bien que compréhensibles, n’ont de cesse d’interroger le spectateur qui ne sait pas vraiment comment prendre le film.

La réponse dans ces interrogations se trouve, finalement, peut-être dans le titre du film, tout simplement. Car l’eau, toujours mouvante, source de vie, douce et mystérieuse, a-t-elle réellement une forme ? C’est donc ici que se situe tout l’enjeu du film, de cet étrange conte à la beauté singulière, qui a su me proposer de beaux moments de cinéma, sans forcément me transcender de bout en bout. Ne manquant pas d’idées, avec un casting riche, à commencer par un Michael Shannon toujours impeccable en méchant cruel, et une Octavia Spencer qui apporte une touche d’humour et de légèreté bienvenues, La Forme de l’Eau a pour lui la carte de l’originalité, à propos de laquelle on ne boudera pas trop notre plaisir. C’est donc lui que l’Académie des Oscars aura choisi, un choix qui ne me dérange pas, même si Phantom Thread avait définitivement ma préférence.

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