A deux doigts du naufrage

Avis sur La Forme de l'eau

Avatar Sébastien Aurousseau
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Voilà un film (qui me semble) franchement surestimé ! Un chef-d’œuvre pour beaucoup et même LE chef-d’œuvre de Del Toro pour certains. Je trouve ça insultant pour le reste de sa carrière...

Commençons par les grandes qualités du film. Alors effectivement le film est esthétiquement parfait, peaufiné à l’ancienne et à la main: de la belle ouvrage hollywoodienne.

L’actrice principale et le personnage qu’elle interprète sont aussi très bons et parviennent à camper la femme seule, délicate mais combative sans tomber dans le cliché. Il est d’ailleurs intéressant d’avoir sexualisé clairement l’héroïne là où beaucoup de fables auraient choisi de rester dans l’évocation. Cette Delila porte tous les symptômes de la solitude de part son handicap, son célibat, son histoire douloureuse et son travail nocturne. Elle les porte bien.

Mais voilà, on veut bien nous faire comprendre que c’est un film SUR la solitude alors on va en rajouter avec les personnages secondaires et là c’est la caricature à donf. La collègue forcément complémentaire donc bavarde, rondelette et forte en caractère. Et pour bien accentuer ce rôle d’aller-égo on rajoutera fidèle, noire et courageuse. Elle est seule aussi car son mari n’est pas aimant. Snif...

Vous voulez un autre personnage ? On a le célibataire, homo refoulé qui n’a pas vu sa vie passer, dont le métier est rendu obsolète par la modernité et qui se réconforte dans la nostalgie de vieilles comédies musicales. Re-snif...

C’est déjà pas mal mais il nous faut un méchant ! Alors là on a le méchant très méchant, joué par un acteur spécialisé dans le méchant s’il vous plaît ! Alors il est bête, brutal, dégoûtant, sexiste, raciste, consumériste et méprise ses subordonnés. Rien que ça ! Mais attention lui aussi est juste seul et il n’a pas compris le vrai sens de la vie. Au passage il permet de faire une critique gentillette de tout ce qui a déjà été critiqué dans l’Amérique des années 60.

Le deuxième sujet du film c’est le monstre. Enfin celui que les méchants voient comme un monstre parce que nous autres spectateurs nous comprenons tout de suite que c’est un animal sensible, beau, intelligent et doué de pouvoirs extraordinaires. On nous ressert donc un scénario type « La belle et la bête » avec cette inévitable morale omniprésente: les monstres ne sont pas ceux qu’on croit.

Alors évidemment ce qui sauve le film du naufrage c’est l’incroyable virtuosité de sa réalisation. Guillermo Del Toro semble avoir voulu construire une cathédrale autour d’un roman de la bibliothèque rose. Il en résulte quelque chose d’étrange, formellement très beau mais aussi très creux.

Je passe l’aspect plagiat de l’œuvre de Jeunet et Caro, c’est tellement évident qu’on devrait bientôt voir des vidéos YouTube montrer ça plan par plan. Allez on va dire que c’est de l’hommage...

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