La belle, la brute et ... ?

Avis sur La Forme de l'eau

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Guillermo del Toro est un réalisateur que j'apprécie énormément, principalement pour ses gros films de divertissement et la pointe de poésie qui en ressort et qu'on peut retrouver dans "Le labyrinthe de Pan" qui est son meilleur film, une perle noire située dans un monde imaginaire sombre et fantasmagorique. Un film vraiment exceptionnel.
Son univers sombre et gothique, peuplé de monstres et de créatures fabuleuses, toujours très graphiques et esthétiques, plus attirants que repoussants finalement, imprime son empreinte visuelle et sensorielle à l'encre indélébile dans mon inconscient.
Du coup j'attends avec une gourmandise oculaire chacune de ses œuvres, et malheureusement, ces dernières années, mes attentes n'ont pas été entièrement comblées.
Après beaucoup de projets non-aboutit, dont l'adaptation de "Pinocchio" en Stop-motion serait celui qui m'aurait fait le plus plaisir, l'annulation d'un 3ème "Hellboy", la production de séries (the Strain 1ère saison excellente) dont il réalise quelques épisodes, de films animés et la réalisation d'un film qui n'a pas trouvé son public, je désespérais totalement en me disant que c'était un talent écrasé par les engrenages hollywoodiens.
Et puis arrive l'annonce d'un film qui sort de nulle part qui a l'air de bien ressembler à son style et à son univers, un film de monstre poétique, remake(?) ou hommage à "La créature du lac noir" vieux film kitsch de genre série B des Studios Universal, whaouuuu, je vais me faire un régal, un film de monstre à l'ancienne qui a l'air de plaire aux critiques et qui remporte de nombreux prix et de nombreuses nominations dont un Lion d'or à Venise, deux golden globes et maintenant, quatre Oscars. Je me suis quand même posé la question: "C'est bizarre ! Tous ces prix pour un simple film de monstre fantastique !!!" et en même temps, je trouve ça génial, ils estiment enfin que les films de genre méritent autant d'attentions que les films dramatique ou historique. Et puis après tout la trilogie du "Seigneur des anneaux" avait bien raflée un nombre important de statuette et même onze uniquement pour le dernier film.
Après le visionnage du film, je dois l'avouer tout de suite, je n'ai pas été totalement emballé, je m'attendais à un film plus fabuleux, or il est assez cru et j'ai eu du mal avec cette histoire romantique que je pensais être comme "La belle et la Bête" ou "Edward aux mains d'argent", c’est-à-dire un amour plus enfantin, adorable et merveilleux. Quelque chose qu'on n'imagine même pas dans les autres films cités m'a un peu écœuré, c'est que finalement leurs amour est consommé, et je me suis dit: "C'est dégueulasse ! C'est un homme poisson, ils ne peuvent pas faire ça" et du coup je n'ai pas ressenti d'émotion intense et passionnée pour ces personnages, je trouve quand même que malgré ça, le film possède une certaine beauté graphique et visuelle, mais je me suis quand même posée la question: "Pourquoi autant de prix ?"
Après réflexion, je comprends mieux le choix de l'Académie. En fait, leur vision n'a pas vraiment changée finalement. Le film doit se voir au second degré. Ce film bien que rentrant dans la catégorie fantastique, n'apporte rien au genre à proprement parler, mais beaucoup plus au drame social d'une certaine époque, mettant en avant les opprimés d'un pays qui a connu de nombreuses confrontations raciales, ethniques et communautaires encore encrées dans le cœur et la mémoire collective de ses habitants. Au-delà du fantastique, ce film raconte l'histoire des États-Unis.
Le personnage principal est une femme de ménage, handicapée, d'origine hispanique, aidée par sa collègue femme de ménage, noire, et son voisin, vieil homosexuel, pour libérer cette créature malmenée et torturée par les autorités. Toutes les communautés sont représentées, sauf le peuple Indien, c'est dommage, il aurait au moins fallu rendre hommage aux Amérindiens natifs qu'on a arrachés à leurs terres, à leurs racines propres en leur faisant la guerre et en les contenants dans des réserves, c'est vraiment dommage que le film n'en fasse même pas référence.
Et puis en repensant au film, c'est évident qu'on est baigné en plein dedans, cette créature mystérieuse, étrange, sauvage, dangereuse, effrayante, indomptable, mais également fascinante, séduisante, majestueuse, sculpturale, possédant quelques formes graphiques colorées sur le corps telles les peintures sur ceux des Indiens et des ouïes et nageoires resplendissantes pouvant ressembler aux ornements amérindiens, est arrachée de son milieu naturel aquatique pour être enfermée, humiliée, agressée et étudiée, représentant parfaitement ce qu'a subit cette culture en phase avec la nature, face aux cow-boys machos et fiers de leur pouvoir représentés dans le film par un seul individu recueillant en lui toute l'autorité américaine la plus répugnante, raciste, haineuse et violente qui soit.
Ce film peut très bien se voir et s'apprécier comme un western naturaliste avec une idéologie pacifiste, liée à la communication inter-ethnie et au métissage culturel.
Un message humaniste fort qui fait encore écho aujourd'hui.

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