Dans l'eau, personne ne vous entend baiser

Avis sur La Forme de l'eau

Avatar Valoo24
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Un film fantastique réalisé par Guillermo Del Toro aurait dû me plaire. Surtout lorsqu'on est amateur de son boulot. En plus de ça, le film se permet de ramasser un oscar du meilleur film. Comment cela ne peut-il pas être bien ? C'est simple, écrivez des personnages manichéens au possible, avec une histoire qui sent bon la guimauve et une narration complètement téléphonée en plus d'être du déjà vu et vous obtenez une grosse déception. Pourtant, j'étais confiant, j'avais adoré Pacific Rim, qui certes sentait à première vue le blockbuster bête et méchant, mais tout y était parfaitement maitrisé de bout en bout. Seul un sous-texte et un fond plus travaillé aurait peut-être faire de lui un chef d'oeuvre mais qu'est-ce que ça restait Jouissif ! Ici seul la technique vient sauver le film ainsi qu'une mise en scène efficace.

Tout les personnages du film semble factice tant ils sont uniquement des prétextes à l'histoire. Du coup, même si on est pas obligé de tisser un lien avec quelconque personnage pour que cela évoque une émotion chez le spectateur, ce défaut fait que rien dans le film ne semble vraisemblable. Rien que la construction amoureuse entre le personnage principal et la créature, on a du mal à y croire tant c'est mal écrit. C'est bien mis en scène hein, mais qu'est-ce qui lie d'affection cette femme de ménage et la créature ? Pourquoi diable tout à coup la créature devrait s'intéresser subitement à la femme de ménage ? Est-ce que partager ses oeufs et faire écouter un peu de musique est la technique de drague ultime ? Une femme tombe t'elle amoureuse juste parce qu'elle est frustrée de ne pas avoir eu sa séance masturbatoire quotidienne ? Tant de questions qui resteront sans réponses... Alors, je sais que c'est censé plus représenter de la fascination pour la créature de la part de cette bonne femme au départ, mais à partir du moment où ils s'échappent du laboratoire, plus rien n'est développé sur cet aspect et ça semble juste invraisemblable. En plus, je trouve que les allusions sexuelles dans leur rapport amoureux, ben ça gâche un peu tout le propos de l'amour pur, qui va au-delà des différences, comme l'avait pourtant développé l'excellent film "Morse" auparavant. Sans parler de ce moment simplement gênant où l'on se met à imaginer que leur relation est peut-être uniquement basée sur des calins dans une baignoire (surtout que l'on apprends juste avant que la créature à des capacités régénératrices, ce qui aurait pu simplement laisser imaginer que par son unique présence, la femme de ménage remplit un vide en elle), mais il faut absolument qu'on t'explique qu'en réalité, la créature à un espèce de cloaque qui laisse sortir son membre turgescent pour pourfendre cette gentille maigrichonne.

En fait, l'un des gros problème du film est que dans sa narration, il fait tout pour te convaincre que ce qui peut paraître à la marge est en fait normal (être gay, être noir, être russe, être zoophile,...) et que c'est pas parce que tu fais des choses "normales" que t'es mieux que les autres. Notamment le personnage de Shannon qui se fait passer pour un beauf en couchant avec sa femme sans que cela soit un tantinet érotique et en l'exhortant de se taire, après avoir parlé de bagnole pendant les préliminaires où il lui arrache un sein de son soutien-gorges. Et cela est mis en contraste avec le personnage du gay notamment qui décide subitement d'aider l'héroïne parce qu'il ne peut accéder à l'amour car il vit dans une société baignée par l'hétérosexualité du blanc cis-genre voyez-vous ? Alors, concrètement, j'ai pas de problème du tout avec le message que ça essaye de véhiculer, mais ça le fait juste de manière trop vulgaire pour être pris au sérieux (alors que Del Toro nous avait franchement habitué à mieux que ça). Sans parler des nombreuses incohérence du film. La femme de ménage peut rentrer n'importe comment dans le labo ultra-sécurisé sans que ça soit justifié, ledit labo censé protéger un secret d'état à une sécurité proche du néant (et lorsque les héros s'échappent avec la créature, les seuls obstacles rencontrés sont déjoués beaucoup trop facilement) et l'antagoniste du film ne se doute pas une seconde avant d'avoir des révélation explicite qui est coupable du kidnapping de la créature, alors que l'héroïne est la coupable toute désignée surtout que le personnage de Shannon est au courant de la fascination qu'elle voue pour la créature.

Bon vous me direz que c'est pas là que ce trouve le propos du film et qu'on veut bien gommer ces imperfections, mais franchement ça n'a pas aider du tout à rendre le tout plus cohérent, donc un tant soit peu tangible. On n'y croit pas, du coup, chez moi ça n'a provoqué aucune émotion (si ce n'est le plan final, mais je suis convaincu que c'est l'efficacité de la mise en scène couplé à une photographie incroyable et une musique qui vient saupoudrer le tout qui la rends si belle).

Bref, on pourra saluer (moi le premier) une technique maitrisée de bout en bout, avec un montage de qualité qui rends la lecture du film agréable, ainsi qu'une photographie dont l'étalonnage donne un rendu si particulier et délicieux à l'écran, en plus d'avoir une bande-son qui renforce ce coté "époque des années 50" et des décors sublimes. Ce n'est par contre pas suffisant pour gommer tout les autres défauts et en faire un bon film. Reste alors un film malgré tout agréable et quand même au dessus du lot des productions ultra-consensuelle qu'on nous sert tout au long de l'année, qui ne mérite donc pas un Oscar (même si au final, Del Toro ne l'a pas volé. Juste que c'est dommage qu'il soit récompensé pour ce film).

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