The tao of the dragon

Avis sur La Fureur du dragon

Avatar socrate
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Encore un titre français regrettable. Le titre anglais The Way of the dragon était beaucoup plus conforme à la philosophie du bonhomme. Bruce Lee était un peu mégalo. Si le personnage qu’il incarne est assez réservé, le film qu’il propose ici est une démonstration de son talent, réel, et la mise en avant du kung fu et plus précisément de la technique qu’il avait développée, le jeet kune do. Au final, dans ce film, tout est fait pour mettre en valeur Bruce Lee et sa technique, et si le film se passe en Italie, c’est à mon avis principalement pour placer son combat contre Chuck Norris dans le Colisée (et aussi pour pénétrer le marché européen). Bref, un film faire-valoir.

Cela n’enlève toutefois rien aux qualités du film, si l’on parvient à mettre de côté un certain nombre d’éléments qui pourraient presque lui donner un côté nanardesque : l’interprétation est plus que moyenne, les personnages sont plutôt mal écrits, le scenario est ce qu’il est (mais on attend quand même trente minutes de film pour la première baston) ; on perçoit le manque de moyens ou de temps (tournage très rapide à Rome, apparemment). Mais il ne s’agit par pour Bruce Lee d’être dans le réalisme, il prend ici le parti d’un ton de comédie, les personnages sont caricaturaux, les méchants surjouent grave. Ils sont volontairement grotesques comme ces mafieux italiens, le boss au cigare, son adjoint asiatique gay (en folle), ses larbins blacks au style Village People…

Ce que j’aime ici, c’est le générique qui te met dans le bain, avec sa musique hybride, mélange de sonorités occidentales et chinoises. C’est les effets sonores bien marqués, les bruitages des mouvements de kung fu, plein de petits détails, quoi, les craquements de doigt (pour ma part, je n’y arrive plus et ça me manque un peu), le coup de pouce sur la narine (ça, j'arrive à le faire, mais pas forcément avec le regard qui va avec), Tai Lung qui mange à table torse nu (du coup, j’ai moins de scrupules), la toison de Chuck Norris (là, je ne fais pas de commentaire)…

Ce que j‘aime ici, c’est la virtuosité de l’athlète, la technique particulière de Bruce Lee. Certes il se met en avant (en nous montrant aussi qu’il sait manier le bâton et le nunchaku), mais son agilité et sa rapidité son tout à fait remarquables.

Et puis il y a ce combat devenu culte, dans l’enceinte du Colisée. Où Colt, le personnage incarné par Chuck Norris, est venu chasser le dragon, comme jadis on reproduisait la chasse aux animaux sauvages dans ces arènes. Mais c’est un combat à armes égales, un vrai duel, comme dans les westerns auxquels on pense inévitablement, ne serait-ce qu’avec le rappel des premières notes de la musique composée par Enio Morricone pour Il était une fois dans l’Ouest, mais aussi avec le lieu déserté, l’attente, la préparation dos à dos, les regards avant l’explosion. Un duel qui voit s’affronter deux hommes, mais deux individus qui sont unis par le respect, et qui sont les deux face d’un tout, un peu comme le yin et le yang : Bruce Lee face à Chuck Norris, c’est ici la tenue noire contre la blanche, la souplesse contre la force, l’esquive contre la puissance, le corps glabre contre le poilu, la patience contre le mouvement. Mais au fond, l’un n’est rien sans l’autre, Tang Lung n’est rien sans adversaire, et c’est avec respect et non sans tristesse qu’il remet le kimono sur le corps de son adversaire, comme on dresse un linceul. La rondeur du Colisée, l’imbrication des deux hommes, on a là une forme de métaphore de l’univers, de représentation du taiji, le symbole taoïste du yin et du yang : The way of the dragon.

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