Rien.

Avis sur La Grande Bellezza

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La grande bellezza, la grande beauté, n'est ni un film à charge, ni tout à fait une satire, ni un film complaisant, puisque Jep Gambardella n'est pas moins acteur que spectateur du monde. Le film-portrait montre le difficile positionnement de l'écrivain du monde (au hasard, Philippe Sollers), chroniqueur de rien, spectateur du néant. Jep, auteur d'un jour, écrivain d'une première fois, devenu roi de la fête déambule d’église en soirées mondaines, de palais en ruines. C'est un prisonnier de la ville, noctambule décadent, conscient de sa propre enflure, ce qui le place d'emblée dans une posture cynique, rayonnant sur une cour des miracles traitée avec condescendance et iniquité lors de son envolée contre une homologue un peu trop enhardie.

Les portes du paradis restent closes... Jep n'est nulle part chez lui, c'est un fantôme, qui arpente les cloitres de son absence quasi-systématique, absence des lieux et des situations où il se trouve moitié par fortune, moitié par désœuvrement et qui lui suggèrent un sourire de façade, aimable, poli, béat. Seules s'entrouvent sous ses pas les portes de l'enfer, à travers leur entrebaillement Jep jette un œil sur des images qui traumatisent, obscènes, tragiques, macabres, vues sans regard, à peine aperçues, déjà oubliées, Nil Mirari... Sorrentino traite suggestivement, le propos est plus sombre que les éléments qui lui donnent consistance, un visage exsangue à travers une vitre, le patron « bon-enfant » d'un bordel, une trace sniffée dans le pif d'une star grotesque mêlent le stupre à l'humour, la débauche à l'innocence, mais sans jamais souiller le sacré par le profane, bien au contraire, le réalisateur oppose la sculpture classique à l'art contemporain, la civilisation en ruine à la simplicité de la campagne (« Rome m'a déçue »), aux racines. Ces nuances de tons suggèrent en dernière instance, la mort.

A la mort de son premier amour, Jep voit la prison d'un amour de jeunesse enfoui sous des décennies de stupre ressurgir comme seul moment de grâce. La lune, témoin d'un premier baiser, devant la mer. Sous l'astre témoin, Jep est confronté à la crispation de ses rêves. A l'ingratitude d'une vie pour quelques moments de bonheur. Au temps de joie qu'on ne peut rattraper. Parce qu'il est perdu et déjà devenu étranger à soi-même. Jep est absent à lui-même, son inaptitude à écrire, par manque d'inspiration, le montre bien, mais surtout par absence aux sources vives de l'inspiration, à la vie, au danger (d'un bateau manquant de le renverser) au prix du confort, de la sécurité puisqu'il le dit lui-même, il n'est confronté depuis lors et pour toujours qu'au néant de la vie mondaine à Rome. Prisonnier de ses murs, de ses vices, de ses rêves envolés comme les oiseaux de passage voguant vers d'autres horizons migratoires.

Enfin c'est le sentiment d'inachevé face à l'attente de toute une vie, qui marque le tragique de cette impossible recomposition. Jep devant faire le deuil d'une réponse, quand le mari de sa défunte amante, la seule femme qu'il ait aimée, lui annonce avoir brûlé son journal intime. C'était la clé à la sortie d'une crise irrésolue, l'explication de la rupture, aurait pu soulager son âme de l'absurdité de son existence, à moins que face à l'implacabilité d'une requête inaccessible il n'en ait trouvé la confirmation.

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