The father, l'homme qui n'était pas là

Avis sur La Guerre des Étoiles

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Papa,

De là où tu es, maintenant, tu dois jeter un petit coup d'oeil de temps en temps. Et sourire.

Car Star Wars, ta saga préférée entre toutes, c'était loin d'être ma came. Parce que j'étais un petit con, à l'époque, qui définissait ses goûts en opposition aux tiens. Quand on a dix ou quinze ans, de toutes façons, on ne saisit pas ces choses là. Que ceux qu'on aime ne sont pas éternels et que, quand ils nous sont arrachés, il nous faut vivre avec certains regrets.

Ce n'était pas ma came non plus car, dès que tu avais un moment de libre, tu te précipitais sur le magnétoscope pour te le passer. En boucle. J'arrivais à peu près toujours au même passage, celui au début, dans le désert, où Luke entame sa relation maître / élève avec Ben Kenobi, en substitution du père qu'il n'a jamais connu. Toujours ce même instant, répété mille fois et qui, à l'époque, m'avait bien dégoûté de l'univers créé par George Lucas. C'était un peu nigaud aussi, et simplet, dans mon regard de petit con égoïste.

Quand tu es parti, j'ai rassemblé certaines de tes affaires, dont le coffret quatre DVD que je t'avais offert, celui avec le documentaire intitulé L'Empire des Rêves. Il m'a donné envie de plonger dans cette saga. Comme un hommage. Je ne sais pas. Une volonté tardive, peut être, de rattraper ce que je n'avais pas su prendre. De renouer.

Et je me suis rendu compte que ce Nouvel Espoir, ce premier épisode qui n'en est plus un d'une saga chère à ton coeur, c'était bien plus que ce sentiment négatif qui le poursuivait dans mes souvenirs, comme certaines autres choses que tu aimais. Car La Guerre des Etoiles a bien résisté au temps, pour charrier, à chaque vision, la magie des effets spéciaux déployée par l'équipe lucasienne, ces maquettes incroyables immédiatement identifiables et animées de tout le talent de ses membres, de leur astuce aussi. Et d'une certaine forme de génie.

Un Nouvel Espoir est aussi, malgré sa trame mille fois vue, dont beaucoup d'éléments ont été "empruntés" ça et là dans à peu près tous les grands classiques de la fantasy et de la science-fiction, un univers foisonnant, nourri, riche et bigarré, qui a su imposer presque tous ses personnages principaux à la postérité cinéphile, mais aussi à la face de la pop culture. Dark Vador, la figure du mal par excellence, Han Solo, le mercenaire au coeur tendre, les macarons de la Princesse Leïa, les bips bips de R2-D2, l'aspect énervant des apparitions de C3PO, ou encore les poils de Chico, alias Chewbacca dans une version française faite à l'a peu près, transformant aussi, par exemple, le Millenium Falcon en un Millenium Condor légèrement ridicule.

Mais La Guerre des Etoiles, c'est, à mon sens, une expression d'une certaine forme de merveilleux enfantin, euphorisant et trépidant, à l'image de ce triangle amoureux un peu benêt mais attachant, de cette course poursuite multiple dans les coursives de l'étoile de la mort, ou encore de cet assaut final à la surface de celle-ci, où les dogfights succèdent aux situations héroïques et aux tourelles de défense qui vomissent leurs lasers multicolores sur les vaisseaux d'une rébellion qui s'enhardit face à un Empire surpuissant et maléfique.

L'imagerie, elle aussi, reste vivace, avec sa faune d'aliens à nulle autre pareille, ses droïdes gaffeurs et parfois encombrants, ses blasters ou encore ses sabres laser aux bruitages immortels. Tout comme cette musique, légendaire, immédiatement reconnaissable, d'un John Williams qui n'a peut être pas livré de meilleurs travaux que celui-ci. Tout cela est maintenant passé dans la mémoire collective et demeure d'une richesse insoupçonnée. Au point que, plus de trente ans après sa création, le monde initié par Un Nouvel Espoir, continue de vivre à travers une prélogie, une nouvelle trilogie en forme de suite destinée aux fans, ou encore de spins off en forme de chemins de traverse et d'à-côtés que Lucas n'a fait qu'effleurer.

J'aurais bien voulu connaître ton avis sur ce nouvel univers, tiens, toi qui n'a jamais clairement dit quel était ton sentiment sur la prélogie. Mais je suis à peu près sûr que tu aurais au moins apprécié la deuxième partie de Rogue One, tant son aspect film de guerre t'aurait certainement emballé.

Mais je m'égare, là, papa. Oui, tu as raison. Car ce qui résonne certainement le plus en moi, dans ce Nouvel Espoir et dans cette saga, c'est finalement, je pense, la figure du père, ainsi que la recherche de l'absent, celle de Luke Skywalker, qui se voit arracher son oncle et sa tante trop tôt, comme son mentor au terme d'un combat au sabre laser qui, lui aussi, oppose un maître et un ancien élève. Dans cet épisode inaugural, il ne sait pas encore qui se cache derrière le masque. Il ne sait rien du poids de la véritable tragédie familiale qui pèse sur ses épaules ou du twist qui changera, pour toujours, la nature du mal.

Loin de cette noirceur qui marquera L'Empire Contre-Attaque et Le Retour du Jedi, Un Nouvel Espoir transpire l'innocence, la légèreté, l'enthousiasme et l'adrénaline suscités par les plus folles aventures spatiales. Celles qui ont frappées le public et l'ont prises par surprise. Celles qui t'on fait devenir un fan de Star Wars, papa.

Dommage d'avoir réalisé, bien trop tard, que le petit con que j'étais aurait pu partager et discuter avec toi de l'une de tes passions.

Ton fils, Behind_the_Mask.

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