Le temps de l'innocence

Avis sur La Guerre des boutons

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Le film d'Yves Robert peut sembler maladroit en comparaison des intentions exprimées par Louis Pergaud, mais il y gagne en fraicheur.

Un des personnages centraux du film, bien que n'étant pas l'un des héros, est l'instituteur. Il est le seul adulte sage et posé au milieu d'une population d'abrutis avinés et colériques. C'est ainsi que Louis Pergaud se voyait dans le village de Landresse, devenu Longeverne dans le roman.

En effet, Pergaud était un de ces instituteurs bouffeurs de curés de la 3ème république, "un rouge". Selon qu'ils avaient à faire à des populations plus ou moins religieuses, ils pouvaient être considérés comme des sages, presque des savants par des habitants admiratifs, comme c'était le cas pour le père de Marcel Pagnol, ou au contraire être des parias dans le village où ils exerçaient comme Louis Pergaud. Il se venge dans son roman en opposant des gosses pour lesquels il éprouve une certaine tendresse non dépourvue de critique à des parents qu'il méprise avec une ironie féroce.
J'ai de la sympathie pour ces instituteurs de la 3ème république. Rouges soit, mais ils ont eu un rôle décisif dans la construction de la France que nous détruisons aujourd'hui. Ce sont eux qui ont implanté profondément dans l'esprit des français cet attachement aux principes d'un état laïque auxquels nous nous cramponnons aujourd'hui. Il ne peut y avoir que des fanatiques ou des irresponsables pour s'y opposer aujourd'hui, même sournoisement ou par le biais de la provocation. Mais j'admire surtout leur amour du métier qui faisait qu'ils mettaient leur point d'honneur à n'envoyer au collège que des élèves qui savaient lire écrire et compter mieux que les instituteurs aujourd'hui. Les professeurs pouvaient compter sur des bases solides pour leur enseigner des matières plus élaborées.
Les instituteurs actuels sont toujours rouges et bouffeurs de curés, mais c'est tout ce qui les rattache à leurs prédécesseurs.

Une adaptation cinématographique n'est pas une transcription servile, mais je trouve qu'Yves Robert transpose honnêtement l'esprit de Pergaud. Nous assistons à la vie innocente de gamins à la campagne qui, à l'occasion débattent de la démocratie ou de l'égalité et se construisent pour devenir les futurs abrutis avinés que sont leurs parents: "Dire que, quand nous serons grands, nous serons peut-être aussi bêtes qu' eux !"

Il parait que les rivalités entre villages n'existent plus. Ca me file un coup de vieux. J'ai connu ça, les villages ennemis et les villages alliés, les confrontations dans les bals (on était un peu plus vieux). Par contre on ne se foutait pas à poil avant de se foutre sur la gueule. L'usage du burkunu se limitait au braconnage des truites à la main. Comme Pergaud, notre amour de la nature passait souvent par le braconnage, notamment les lapins au collet (c'est pas nous qu'on les a fait disparaître. Promis, juré!)

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