This is the end, beautiful friend

Avis sur La Horde sauvage

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Trop de balles tirées, trop de sang versé, le western tombe en désuétude au champ d'honneur.

A l'instar du scorpion agonisant sous les ricanements des mioches au début du film, il se débat comme un beau diable, car c'est dans sa nature, c'est un dur à cuire. Mais il est, lui aussi, inexorablement consumé, renié par une jeunesse révoltée contre la guerre au Vietnam et toutes ces violences comme celle qui a nourrit la naissance de l'Amérique et les mythes associés au grand Ouest. Même les enfants préfèrent vénérer Spock et les héros de science-fiction et boudent le classieux cow-boy Marlboro.

Peckinpah semble perdre son gagne-pain de 20 ans sans état d'âme. Il semble même être allégoriquement à la tête de la troupe des chasseurs de primes, bras cassés payés par le gouvernement pour pourchasser les hors-la-loi et pour les arrêter. Pour que tous ces massacres s'arrêtent. Pour de bon.

Ces fameux hors-la-loi sont les personnages centraux du film, et sont la personnification crépusculaire du genre western. En francs-tireurs et vaillants hédonistes, ils vendront chèrement leur peau afin de faire ce qu'il savent faire le mieux, afin de faire les seules choses qu'ils savent faire d'ailleurs : braquer et tuer, toujours la même histoire. Ils sentent cependant que le vent est en train de tourner, ils se sentent vieux et savent inconsciemment que la fin approche. Alors ils vont profiter tant qu'ils le peuvent, continuer à jouir de cette vie de brigands et réaliser un dernier gros coup, pour sortir avec panache !

Ils oseront même se retourner face à tout un régiment de guérilleros avec lesquels ils avaient pactisé. Armée mexicaine vs armée du Mexique. Assaut final sur l'hacienda aussi spectaculaire que désespéré.

Pendant 2h20, Peckinpah filme un morceau de bravoure, une épopée détonante. Chevauchées dans les grands espaces, cascades, courses-poursuites, braquage de trains, alcool, femmes, des flingues, des flingues et encore des flingues... tous les poncifs du western sont convoqués et sublimés pour une oraison en apothéose d'un genre qui a marqué à jamais l'Histoire du cinéma mais qui ne peut plus conserver son omniprésence dans une Amérique en évolution sociétale qui se cherche de nouvelles valeurs, de nouveaux héros.

Après un dernier feu-d'artifice de plomb, on retrouve le chef des bras cassés, l'avatar du réalisateur, personnage impuissant qui a accompagné de loin nos brigands jusqu'à leur fin. Il s'assoit dans le désert, seul et pensif. A la question d'un badaud "Qu'allez vous faire maintenant ?" Il répond sobrement "Essayer de rester en liberté" tout en fixant les veules pillards et les vautours s'en donner à cœur joie sur les cadavres encore chauds de cet ultime massacre. Une page était tournée, Sam Peckinpah a baissé ses colts, mais il entrevoit déjà les relations difficiles avec les studios hollywoodiens qui tourmenteront le reste de sa carrière.

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