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Le parti pris formel, qu’on pourrait même qualifier d’expérimental, est souvent un principe qu’on peut juger « inventif » et « intéressant » : il fallait y penser, ça n’a pas encore été fait ; en somme, cela devient un bon exemple pour dissertation sur l’histoire du cinéma.
Ici, donc, le roman-photo, mais sous la forme d’un court métrage auquel vont donc s’adjoindre bruitages, voix off pour la narration, et musique.
Après les premiers clichés, du générique, qui nous conduisent à prendre la mesure de la construction de l’image, notamment dans les structures aéroportuaires, la narration se met très vite en place par le jeu de la durée d’exposition des photogrammes. L’image est finalement tout sauf fixe, et la première « séquence », celle du souvenir d’enfance, propose un découpage esthétique aussi magnifique que puissamment diégétique.
« Ceci est l’histoire d’un homme marqué par une image d’enfance », annonce le carton initial. Rarement on aura vu une osmose aussi forte entre le fond et la forme. Images fixes prises d’un après-monde, où la vie n’est plus qu’un souvenir, rapport au temps expérimental, déstructuré par la science : ainsi, la visite du museum d’histoire naturelle donne-t-elle à voir des animaux empaillés, eux-mêmes figés à jamais, des oiseaux aux ailes déployées.
Film noir et désenchanté sur le rapport au passé et la triste marche du monde contemporain, la souffrance et l’inhumanité, La Jetée est certes un excellent film de science-fiction.
Mais c’est surtout un écrin à l’une des plus belles évocations de l’éveil à l’amour. La série de photogrammes qui dévoilent progressivement Hélène Chatelain est bouleversante de pudeur dans sa quête d’une restitution du regard amoureux. Au centre du film, lorsqu’on la regarde enfin véritablement de face, les photogrammes sont si proches que nait l’impossible, le mouvement, à travers un battement de cils. Cet éloge du regard, ce réapprentissage de la grammaire filmique est l’une des plus grandes déclarations d’amour faite au cinéma. « Cinéma », « émotion », « dramaturgie », autant d’éléments fondateurs du film qui ne sont que les diverses traductions d’un même, celui du mouvement, quête absolue de ce chef d’œuvre atemporel.
Sergent_Pepper
10
Écrit par

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il y a 8 ans

170 j'aime

3 commentaires

La Jetée
real_folk_blues
10
La Jetée

Je suis passé pour être présent dans ton futur

Tout simplement beau, émouvant voire bouleversant. Au delà de l'aspect anticipation/ SF qui pour une fois sert le propos au lieu de se servir de lui, ce que l'on retiendra c'est ce que le roman photo...

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il y a 11 ans

159 j'aime

21

La Jetée
Philistine
10
La Jetée

Ceci est la démonstration d'un spectateur marqué par l'image d'enfance d'un homme

"Est-ce qu'au cinéma j'ajoute à l'image ? - Je ne crois pas ; je n'ai pas le temps : devant l'écran, je ne suis pas libre de fermer les yeux ; sinon, les rouvrant, je ne retrouverais pas la même...

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il y a 11 ans

139 j'aime

20

La Jetée
takeshi29
10
La Jetée

Beau et inquiétant à faire exploser le cœur

J'édite aujourd'hui ce message car une triste nouvelle est tombée pour ceux que ce film (et ce réalisateur) a tant marqué

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il y a 7 ans

106 j'aime

25

Lucy
Sergent_Pepper
1
Lucy

Les arcanes du blockbuster, chapitre 12.

Cantine d’EuropaCorp, dans la file le long du buffet à volonté. Et donc, il prend sa bagnole, se venge et les descend tous. - D’accord, Luc. Je lance la production. On a de toute façon l’accord...

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il y a 7 ans

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Once Upon a Time... in Hollywood
Sergent_Pepper
9

To leave and try in L.A.

Il y a là un savoureux paradoxe : le film le plus attendu de l’année, pierre angulaire de la production 2019 et climax du dernier Festival de Cannes, est un chant nostalgique d’une singulière...

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il y a 3 ans

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Her
Sergent_Pepper
8
Her

Vestiges de l’amour

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il y a 8 ans

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