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La La Land par FrankyFockers

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La première scène du film est un des plus grands moments de virtuosité vue récemment. Et pourtant, cette séquence magistrale m'a laissé un peu de marbre, et j'ai eu peur que le film soit ainsi tout du long : un bel hommage au genre, tant dans sa flamboyance hollywoodienne que par sa relecture française, Chazelle de par sa double nationalité connait aussi bien Donen que Demy. Étonnamment ce qui m'a fait rentrer dans le film, ce par quoi j'y suis rentré, ce sont ses deux protagonistes. Tous deux excellents, alors que dieu sait que je déteste Gosling habituellement. Stone est super parce qu'elle est gauche, on sent qu'elle a bien appris, bien bossé, et qu'elle donne tout, mais on sent aussi que c'est tout sauf une danseuse et on voit l'effort et la raideur, et c'est ça, à l'instar des acteurs chez Demy, qui en fait la force : on s'identifie, ça pourrait être nous puisque ce n'est pas parfait. Gosling, je ne l'aime pas d'habitude parce qu'on lui fait jouer des rôles de ténébreux silencieux alors que son visage n'exprime absolument rien. Je l'avais trouvé bon uniquement dans Crazy, Stupid Love car son corps était devenu un vecteur de comique. Chazelle est le second à comprendre le mec : comme son visage ne dit rien, il faut exploiter son corps, il faut toujours qu'il soit en mouvement, qu'on lui fasse faire des trucs. D'autant qu'il est plutôt doué, musicien, chanteur, bon danseur, il est in fine parfait pour ce rôle, parce que c'est son corps qui bosse, pas son visage. Il ferait un très bon Pierre Richard. Ces deux-là m'ont donc permis de rentrer dans le film et de l'apprécier à sa juste valeur : c'est certes un hommage, mais c'est un film d'aujourd'hui, qui est vivant et qui soulève des problématiques d'aujourd'hui. Ou, plus exactement, et c'est la chose que j'ai trouvée passionnante dans La La Land, c'est un film dont le sujet est la problématique même de Chazelle : comment faire pour vivre à son époque, contemporaine, quand on a des goûts d'hier, nostalgiques d'une époque qui n'existe plus, celle du Hollywood Classic et des comédies musicales. Chazelle formalise cette question avec brio. Les deux personnages se rencontrent et voudraient s'aimer comme on s'aime dans un film des 50's mais sont toujours rattrapés par le contemporain, par le présent du film. La première fois qu'ils veulent s'embrasser, ils sont sur le point d'y arriver, mais en sont empêchés par la sonnerie toute contemporaine de l'i-phone de l'un d'eux qui les ramène au présent. La seconde fois, c'est au cinéma, ils sont en train de voir la Fureur de Vivre, ils vont s'embrasser, et hop, la projection est interrompue car la pellicule en vieux nitrate d'argent vient de prendre feu. Le présent dit qu'aujourd'hui on filme et projette en numérique, qu'on ne peut pas s'aimer comme dans les vieux films, car ces vieux films sont condamnés à disparaitre. C'est pour moi flagrant et c'est tout le discours du film qui est centré sur cette passionnante question : comment faire un film comme avant sachant qu'on est aujourd'hui. La réponse de Chazelle est belle : comme le film a brûlé, nous empêchant de nous embrasser, nous empêchant de vivre, on va intégrer le film lui-même : et Gosling d'emmener Stone à l'Observatoire, à l'endroit même où le film La Fureur de Vivre se déroulait au moment où celui-ci a été interrompu, et de vivre les choses à leur place, d'intégrer le film qu'ils étaient en train de voir, comme une Rose Pourpre du Caire totale. Et c'est une superbe réponse que formalise ici Chazelle : rendre hommage ce n'est pas citer froidement et dérouler un catalogue de références, c'est intégrer directement un corps pour se le réapproprier, et lui redonner vie. Je vois le film de cette façon, jusqu'à sa scène finale, relecture amusante de celle des Parapluies de Cherbourg, à ceci près que chez Chazelle ce sont les personnages qui ont choisi leur destin et que, même si tristesse il y a, ils ne sont pas des victimes. Il y a là aussi une façon de se réapproprier un corp(u)s pour le faire revivre à sa manière, à la manière d'aujourd'hui. Puisque ces deux personnages ont appris l'un de l'autre et ne seraient pas ce qu'ils sont s'ils n'avaient pas vécu ensemble cette parenthèse enchantée, déclencheur de leur vie future.

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