La fin de l'innocence

Avis sur La Lame infernale

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Dans la continuité du bon « Mais qu’avez-vous fait à Solange ? », Massimo Dallamano sortira en 1974 « La lame infernale » dont le titre français souhaite surfer sur la vague italienne du Giallo. Pourtant, si il en reprend certains codes du genre à travers, notamment, un tueur ganté équipé à l’arme blanche, le métrage apparait bien plus comme un thriller sur fond de dénonciation politique et sociale.

Commençant par ce qui semble être le suicide d’une adolescente de 15 ans, l’enquête s’oriente très vite vers la thèse de l’assassinat. Dès lors, un tueur tout de noir vêtu traque et massacre les potentiels témoins d’un réseau de prostitution infantile. A travers le pitch principal, on comprend très vite que derrière l’enquête policière vient se dessiner une critique du capitalisme et des instances dirigeantes italiennes. En effet, la vraie thématique reste le rapport de force qui s’exerce sur la population locale. Des jeunes filles finissent, bon gré mal gré, en pâture à la classe dominante. Si certaines sont motivées par l’appât du gain, d’autre sont droguées et forcées à la prostitution. Les adolescentes, synonyme de pureté et d’innocence dans l’imaginaire collectif se voient ainsi débarrassée de toute substance morale. Bien plus que la lame de boucher du tueur, qui sert de prétexte au propos, le consumérisme apparait alors comme l’arme de déshumanisation et la perte totale des valeurs des personnages qu’ils soient bourreaux ou victimes. Si cette thématique n’est pas singulière dans le cinéma italien, Pier Paolo Pasolini étant un de ses plus célèbres représentants, elle reste une dénonciation chère à son metteur en scène qui introduira et conclura son film avec un pessimisme marqué.

Avant d’être réalisateur, Massimo Dallamano était un directeur de la photographie ayant notamment œuvré pour les deux premiers films de la trilogie des dollars de Sergio Leone. Cela se ressent dans la maitrise de la mise en scène qui jongle parfaitement entre différentes techniques pour capter l’action et la brutalité des scènes de violences. Entre mouvements frénétiques et cadre iconique, la caméra exacerbe les oppositions d’images entre la vie et la mort. Ce contraste s’accentue grâce à la composition de Stelvio Cipriani qui signe ici un score aux antipodes de la noirceur du propos, renforçant ainsi le malaise lors des scènes de meurtres. Un décalage qui n’est pas sans rappeler celui qu’avait créé Riz Ortolani dans le cultissime « Cannibal Holocaust » de Ruggero Deodato. Coté scénario, on peut néanmoins regretter de parfois voir le fil conducteur du récit un peu trop nettement, la faute surement à une trame qui se veut épurée. En effet, si le Giallo a pour spécificité de multiplier les fausses pistes pour accentuer la nébuleuse avant de dévoiler sa conclusion, Massimo Dallamano livre ici un film hybride qui ne souhaite pas détourner le spectateur de la force du propos.

En conclusion, « La lame infernale » est donc un melting-pot de genre au service de la critique sociale. En exploitant divers ressort de genre du cinéma transalpin, du bis décomplexé au Giallo en passant par le film policier plus traditionnel, le film s’avère être un excellent témoin d’une époque où le pays fut le théâtre de la critique des institutions et des hautes sphères italiennes.

Profitons de l’écrit pour saluer l’édition de « The Ectasy of films » qui mérite vraiment son coup de pub pour la qualité et la passion dans le travail fourni. Je ne peux qu’encourager à acheter leurs éditions et permettre à la structure de continuer à nous offrir ce genre de pépites.

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