Du sacrifice pour un instant miko

Avis sur La Légende d'Hercule

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Bien entendu, je savais où j'allais. Bien entendu, je n'avais, après avoir vu la bande-annonce, que peu d'espoirs quant à la qualité de ce que j'allais voir. Mais, franchement, je ne m'attendais tout de même pas à ça. Mine de rien, en sortant de la salle, avant de me prendre le coup de grâce qui conclura ce petit texte, j'ai eu envie de mettre la moyenne au remake du Choc des Titans. Oui, rien que ça.

Tout a bien commencé ; Grèce, -1200. Les lettres et chiffres s'estompent au bout de quelques secondes. Et voilà, le meilleur moment du film vient de passer. Un bref instant d'espoir avant d'entamer une descente terrible au plus profond de l'Erèbe.

-1200, c'est inscrire ce film dans une chronologie. Personne ne le demandait. Après tout, on parle d'un héros mythique, Hercule / Herakles. Mais non, scénariste et réalisateur ont décidé d'ancrer cette nouvelle mouture des aventures du demi-dieu dans une approche en partie historique à la Troy de Petersen. Le souci, c'est que ce dernier a été au bout des choses ; il n'y a pas de merveilleux dans son adaptation de l'Iliade et l'Odyssée. Là, le merveilleux est utilisé, tel Zeus fécondant dans un souffle Alcmène. C'est d'ailleurs, je le concède, assez poétique de voir cette femme prendre son pied avec ses draps qui bougent. Le souci, c'est que le merveilleux étant choisi, aussi, comme référence, l'épisode filmé ici n'a juste rien à voir avec la mythologie. Alors pourquoi ? Mythologie ou histoire, il fallait choisir. Là, Renny Harlin a fait le choix de la connerie et de la débilité pure. Je dirai même qu'à ce niveau d'indigence on tutoie des sommets rarement atteints. Je me suis demandé si je devais faire une critique. Devais-je passer du temps supplémentaire sur cette bouze mythique ? Oui. C'est un exorcisme.

Ainsi, nous voici dans une Grèce ancrée dans le temps, 1200 ans avant le début du comput de l'ère chrétienne. Ok. Faire des choix, c'est bien. Les assumer, c'est mieux. Première scène : assaut d'Argos par une bande d'Hoplites tous droits sortis de 300 avec leurs beaux casques du Vè siècle. Crétins, au minimum un regard sur une chronologie de wikipédia aurait guidé la fumeuse équipe de ce film vers la fin de la période mycénienne. Même Petersen est plus proche d'un équipement correct dans son Troie. Oui mais voilà, ici on est là pour faire un film en jupette avec le fond culturel moyen d'une population qui ne lit plus et qui s'en cogne des anachronisme en bouffant son pop-corn. Alors allons-y.

Hercule va aller en Egypte ? Ok, on va montrer les pyramides. En effet, elle existent en -1200. Le souci c'est qu'ici on a pris une photo actuelle, incrustée sur fond de 3D gerbante. Voici donc des pyramides allégées de leurs premiers rangs de pierre bien avant que les Arabes ne s'en chargent pour la construction du Caire. Je me suis liquéfié devant tant de connerie. L'image est toute droit sorti d'une recherche à la con sur google.

Il faut un chef pour les méchants Egyptiens ; ok, c'est bourré d'Arabes là-bas, alors on va l'appeler Tarak, ça sonne bien. Mohamed ça ferait un peu trop.. Seul souci, les Arabes ne sont pas encore là, faudra juste attendre 1800 ans. Un prénom égyptien antique .. même wikipedia a un dossier dessus.

Dans l'antiquité on aime aller au spectacle voir des gladiateurs. Les Romains sont des boss dans le genre. En plus l'équipe a trop kiffé Gladiator. Aller, nous voici avec Lucius, le Romain de service. Merde, Rome est fondée en -753. Pas grave, on va aller en Sicile, comme c'est bourré de ritals là- bas, c'est certainement bourré de romains là-bas. Le souci c'est qu'il n'y a pas de combats de gladiateur en Grèce. Au mieux, c'est étrusque, mais là encore on se plante de plusieurs siècles. Fallait pas commencer par une date, Harlin. A la limite, un duel dans l'arène car le film Gladiator a trop marché que c'est de la bombe ; mais un poil d'imagination dans ce cas. Merde, mais voir débarquer rétiaire et thrace des écoles républicaines ou impériales romaine, j'ai failli défaillir !

On a aussi besoin d'un méchant. Alors on va prendre encore Gladiator car il a trop marché. Joachim Phoenix n'était pas dispo, pas assez commode. Alors on va faire de Liam Garrigan un empereur romain bis sous les traits d'Iphicles. Putain, mais le pompage du personnage campé par Joachim Phoenix est intégral !! Même certaines scènes son copié-collé, comme celles où Iphicles tente de draguer Hébé tel Commode face à Lucilla.

On l'aura compris, historique, tout est grandiosement absurde. Même les forteresses deviennent gigantesques là où, par exemple, Tyrinthe est toute petit dans la réalité. Oui mais c'est une histoire merveilleuse, alors il faut de l'épique. Justement parlons-en de l'épique. Car faire un film incohérent et historiquement niais, ce n'est pas grave. Gladiator en est la preuve.

A propos de la suite de 300 on a beaucoup tiré sur le personnage de Thémistocle, manquant de charisme, sur ce sang, sur ce cul. Mais regardez donc cet Hercule ! Punaise, Kellan Lutz a le charisme d'un poulpe ! Son jeu est au niveau des paquerettes une fois la tondeuse passée. Tout n'est que néant dès lors qu'on oubli sa plastique épilée. J'ai même failli hurler de rire lorsque, après avoir tué le lion de Némée à main nue, il se fait voler la victoire comme un abruti en public. Il était avec son frère, Iphicles, qui est jaloux des muscles d'Hercule. On arrive devant papa Amphytrion. Iphicles porte la peau du lion légendaire (au passage donc déjà tanée et nettoyée à main nue en 1/4 d'heure) à son père qui, assit sur son trône toise l'assemblée. Hercule s'est assis dans la foule et sourit comme un gland.
"Père, j'ai tué le lion de Némée !! (et j'ai un regard de perfide traitre jaloux d'Hercule qui se tape Hébé !!)
- C'est bien mon fils."
Hercule continue à sourire, comme un gland.
"Et où était Hercule ? reprend le méchant père Amphitryon.
- Il a fuit, père (regard super méchant d'Iphicles le fourbe, zoom caméra sur Hercule, qui, d'un coup, s'offusque l'air de dire même pas vrai !)

Le jeu est pitoyable. Hercule saute au ralenti, Hercule s'énerve au ralenti, Hercule éructe et jamais on n'y croit. Le ralenti esthétisé de Snyder devient souffrance ridicule pour nos rétines. Hébé n'est pas meilleure. Là voilà rebelle toute droit sortie du dernier Pompéi. C'est la mode des femmes rebelles qui ne veulent pas écouter leurs pères ou maris ; bientôt, dans Hercule 2, elle demandera le droit de vote. Le côté femme libérée est en vogue. Je suppose que Hollywood a peur des procès de féministes. Pas moi. Gaia Weiss est plutôt jolie et bien faite. Le pervers que je suis attend donc au moins la naissance d'un sein, qui sait un fessier ou un téton. Même pas. Hébé rejoint Hercule dans l'eau froide ; t-shirt mouillé ? Téton qui pointe ? Non. Par contre soutien-gorge apparent, oui. Grande classe. J'ai toujours dit que les Grecs étaient en avance et qu'on leur doit beaucoup.

J'ai passé trop de temps sur ce film. Je vais finir cette critique. Tout est niais. Niais comme cet érotisme moins efficace qu'un épisode de Joséphine Ange Gardien. Niais comme ces multiples combats sans une foutue goutte de sang. PAS UNE !! Hébé est transpercée par une lame, pas de sang. Elle s'enfonce cette lame pour tuer son opposant qui est derrière, toujours rien. Elle tombe à terre. Surprise. La lame a disparu de son dos. Non pas qu'elle soit ressortie, la garde fichée dans sa poitrine n'a pas bougé. Non, juste qu'il fallait qu'elle soit allongée sur le dos de manière confortable, alors on a viré la lame. Le pauvre Umbaba s'empale sur un pieu ; rien. Tout est lisse. Au passage je demande pardon au compagnon de Gilgamesh d'avoir été cité dans cette merde.
Il n'y a rien à sauver ; c'est mièvre comme un Twilight, les effets spéciaux sont mauvais, telle cette foule assistant aux combats anachroniques de gladiateurs toute droit sortie du dernier Fifa ...10. Le scénario est idiot, les méchants sont presque les meilleurs tant les héros sont crétins et vides. Historiquement c'est une purge, mythologiquement aussi. C'est un fatras de clichés mal digérés. On lorgne vers Gladiator sans en avoir le souffle. On lorgne vers 300 sans en avoir les couilles. Pas de cul, pas de sang, pas d'histoire, pas de scénario, pas de merveilleux, des selles sur les chevaux avec étrier, des trières / birèmes romano-grecque, des combats illisibles ou ridicules; Oh punaise j'ai failli oublier les cascades ; la vache. Les mecs qui tombent avant que le coup ne porte. Je l'ai perçu au moins huit fois de manière évidente. Merde mais que c'est nul ! C'est juste incroyable d'atteindre ce niveau ; il y a match avec le Vercingétorix de Lambert ! Le pire ? C'est même pas un nanar ! Tout ce petit monde se prend au sérieux !

C'est une bonne chose que les monothéismes aient poussé Zeus en retraite ; au moins a-t-il échappé à ça et nous, à sa colère divine. J'en viens donc au pire, en guise de conclusion. Générique, la lumière se fait. A côté de moi, un couple de 25 ans environs. La femme est jolie. Elle regarde son homme avec un sourire. "C'était bien hein ?". Lui, très classe, acquiesce. OK. Voilà 3 mois qu'il attend une gâterie. Là, il tient le bon bout. Il faut qu'il aille dans son sens et ce soir madame pourrait peut-être passer en mode miko. Je le comprends, elle est vraiment mignonne. La foule s'ébranle vers la sortie (la salle était assez remplie) et je me dis que le remake du Choc des Titans est un putain de bon divertissement. Je pousse la double porte et, sans me retourner, tient cette dernière pour le couple qui me suit. La cinquantaine. "Et bien j'avais peur mais en fait, c'était pas mal, hein chéri ?"
Je me fige. J'ai vraiment des goûts de merde.

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