Belle propagande et propagande belle

Avis sur La Lettre inachevée

Avatar Eowyn Cwper
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On ne voit jamais des films qui se passent en Russie. On voit des films russes ou soviétiques, mais les œuvres qui laissent la nature apposer sa signature sont plus rares. Peut-être était-ce dû au fait que le pays, grande puissance mondiale, ne voulait pas avouer se méconnaître et devoir s'appuyer sur des pionniers, ces camarades qui repoussent les limites de la connaissance de la forêt au cosmos. Ou peut-être était-ce maîtrisé et qu'il s'agit là d'un lambeau de propagande toujours à même de biaiser le spectateur contemporain.

Envoyés sur le plateau de Sibérie, les découvreurs que l'on va suivre sont chargés de trouver les diamants qui permettront au pays de ne plus être dépendant des diamants étrangers. Obsédés par leur quête, ils ont aussi bien conscience d'être pris au piège de l'immensité.

Accueillis par les inondations puis chassés par les incendies, bercés par un été trop court, les personnages se remettent en question au moment où leur patrie a le plus besoin d'eux. Difficile, en effet, de se laisser berner par l'illusion d'être un pionnier quand on n'a que trop conscience que la terre qu'on foule pourra demeurer inexplorée pendant cinq, dix, cent ans. Paradoxalement, le travail du bon camarade Kalatozov ÉTAIT de berner, pour le bien de la Mère Patrie. Génie propagandiste ou talent pour jongler entre le cahier des charges et l'art ? On ne le saura jamais.

Contemplatif à juste dose, La lettre inachevée s'encombre un peu de sentiments tragiques qui auraient pu faire un peu de place à l'osmose de l'humain avec l'inconnu. Mais elle est bien là, entre ces plans forestiers sauvages dont Iñárritu a dû prendre de la graine pour The Revenant, et le courage borné puis désespéré de ses héros. La Russie, c'est tout et rien.

Quantième Art

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