Un film qui fait le café ?

Avis sur La Ligne verte

Avatar Mathieu_Huitric
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"Je suis fatigué patron, fatigué de devoir courir les routes et d'être seul comme un moineau sous la pluie... Fatigué d'avoir jamais un ami pour parler, pour me dire où on va, d'où on vient et pourquoi... Mais surtout je suis fatigué de voir les hommes se battre les uns les autres, je suis fatigué de toute la peine et la souffrance que je sens dans le monde..."

Gardien-chef du pénitencier de Cold Moutain, Paul Edgecomb pensait avoir tout connu en matière de prisonniers. Jusqu'au jour où il doit accueillir John Coffey, un colosse au coeur de pierre, inculpé pour le viol et le meurtre de deux fillettes. Tout du moins en apparence. Très vite, il comprend que le géant n'a rien d'un sociopathe. Au contraire, il découvre un homme timide, et d'une gentillesse extrême. Mais John cache un lourd secret, qui le ronge, qui l'épuise... Je suis fatigué, patron.

Ma plus forte appréhension, quand j'ai pour la première fois visionné "La Ligne Verte", fut de savoir si oui ou non ce film allait se révéler fidèle à l'oeuvre de Stephen King. Dans les faits, c'est une adaptation parfaite (d'où la relative longueur de la production). Rien ne manque à l'appel, et le rythme narratif s'avère être semblable à celui de l'auteur. En revanche, en ce qui concerne le fond, le livre reste plus nuancé. Et de ce fait, le message que cherche à transmettre le film perd quelque peu en intensité.

Mais la performance des acteurs parvient (et de loin), à pallier ce léger manque. Et c'est ainsi que nous venons à évoquer la prestation de Michael Clarke Duncan, dans le rôle qui fera sa renommée. Transcendé (et transcendant), il parvient à faire de "La Ligne Verte" une oeuvre poignante. En effet, comment ne pas se prendre de compassion pour ce colosse, dont la sensibilité n'a d'égale que sa gentillesse ? On s'insurge, on sourit, on pleure... Et c'est ici une des forces du long-métrage : il parvient sans effort à tenir le spectateur éveillé trois heures durant.

Ce film prend-il réellement parti quand il évoque le sujet épineux de la peine de mort ? Nous pouvons l'interpréter de deux manières bien différentes. Car en soi, la mort prochaine de John Coffey est injuste. Qu'a-t-il fait pour mériter la sentence ultime, alors qu'aucune preuve explicite de son crime n'a jamais été avancée ? De plus, le fait de vivre cette expérience du point de vue des gardiens nous fait appréhender les choses différemment. Attendre fatalement son heure, coupé du monde... N'est-ce pas une des pires choses qu'un être humain puisse supporter ? Mais d'un autre côté, on nous donne à voir un être fatigué. Fatigué des hommes. Fatigué de cette terre. Car, il accepte l'idée de la mort, peu importe l'habit qu'elle revêt, prenant ainsi cette apparente injustice comme un soulagement, une libération.

"La Ligne Verte" est également un hymne à la tolérance. Chaque individus a ses forces et ses faiblesses, ses qualités et ses défauts. Il faut apprendre à vivre avec, et prendre conscience des différences de chacun. Cette diversité nous est montré à l'écran par la touche de fantastique (le pouvoir caché de John Coffey), qui se fond parfaitement à la réalité et à la rationalité de la situation.

Bien que très longue, cette adaptation est à voir absolument pour les valeurs qu'elle véhicule. Vous aussi, liez vous d'amitié à ce colosse aux pieds d'argile... Si ce n'est déjà fait !

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