Le visiteur du passé

Avis sur La Machine à explorer le temps

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Regardé au premier degré, ce film atteint un niveau de ridicule et de kitsch assez décourageant.

L'introduction nous présente un groupe de scientifiques anglais de 1900 en plein dialogue d'exposition lourdingue : ces scientifiques de haut vol prennent en effet le temps d'expliquer une à une les trois dimensions, avant de se disputer sur l'éventuelle existence d'une quatrième. S'ensuivent des voyages dans le futur pas franchement toujours très convaincants : au 803ème siècle, les hommes parlent toujours impeccablement l'anglais du 20ème, ils ont oublié comment faire du feu mais ont la chevelure magnifiée par de jolies permanentes. Le futur est aussi convaincant dans The time machine que l'était le passé à-peu-préhistorique dans One Million Years B.C..

Pourtant, ce film est à avoir, car il a véhicule un message critique intéressant, comme toutes les bonnes œuvres de science-fiction. Adaptant l'œuvre d'HG Wells, le film de George Pal en suit bien la trame : George conçoit une machine à voyager dans le temps qui lui permet de découvrir l'avenir de l'humanité, avant de « poser ses valises » au 803ème siècle dans une humanité qui semble avoir restauré la paix et l'harmonie. Le fait que le héros soit un scientifique de l'ère victorienne n'a rien d'anodin : cette période de l'histoire anglaise représente le cœur d'émergence du positivisme scientiste conquérant et de ses corollaires, dans la société productiviste et capitaliste : la bureaucratie et la technocratie. George est à ce titre un scientifique archétypal de l'époque : il croit en un avenir magnifié par la science.

Le roman dont est tiré le film a été écrit en 1895, dans les derniers jours de la période victorienne : il a été retouché jusque dans les années vingt par son auteur. L'apport du film est de détourner cette histoire en faisant un crochet par les années soixante : après avoir déchanté à la découverte des deux guerres mondiales et de la sophistication des moyens de massacre entre anglais et allemands, notre scientifique débarque à la fin des années soixante (ce qui était au moment de la sortie du film une anticipation de quelques années) en pleine guerre atomique. Plus loin dans le film, on apprend que la guerre entre l'est et l'ouest a annihilé l'humanité toute entière. Le message, émis en pleine guerre froide et peur nucléaire, est assez clair.

Puis, le film repart sur les rails du roman originel, dans des tonalités pessimistes intéressantes qui insistent bien sur la constante autodestruction de l'homme, sa pulsion guerrière et la domination de l'homme sur l'homme. En opposant dans le lointain futur les Elois, une classe d'oisifs simplets et les Morlocks, des primates vivant dans les souterrains, Wells souhaitait réaliser une extrapolation critique de la société industrielle, divisant l'humanité entre la bourgeoisie et le prolétariat. Cette critique de classe n'apparait bien évidemment pas dans le film à grand spectacle de Pal, qui ne réussit pas franchement à mettre en place un futur crédible. L'apathie des Elois est contradictoire : ceux-ci sont sans peur, sans sentiment, mais sont pourtant dominés et conduits par on ne sait quelle force surnaturelle. Les Morlocks sont de leur coté les dominants, mais ont pourtant tout des dominés : ils sont primitifs, sans intelligence, et doivent leur ascendant sur les Elois à leur apathie et à une maitrise technologique ; ni l'un ni l'autre ne sont expliqués. Il existe une foule d'éléments inexpliqués et l'allégorie de la domination tombe à plat, puisque les rouages du pouvoir sont laissés dans le flou.

Malgré ces faiblesses, le film reste plaisant ; il est une assez bonne réussite du cinéma fantastique de l'époque.

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