Le septième jour, Buster ne se reposa pas.

Avis sur La Maison démontable

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Le cinquième jour survint la pluie. A la pluie succéda la tempête et tel un manège fou, la maison se mit à tourner. Mais, Buster l'acrobate, tenta l'impossible pour sauver ses amis et sa bien-aimée.

Car Frank Joseph Keaton était ainsi. Celui qui selon la légende devait son surnom (Buster) au grand Houdini (qui récupéra l'enfant indemne au pied d'un escalier après une chute), un funambule, un équilibriste du burlesque, mais également un timide au cœur tendre prêt à l'impossible pour sauver sa belle et ses amis.

Trois ans après avoir débuté aux côtés de Roscoe 'Fatty' Arbuckle, grand comique de l'époque , Buster reprend la direction de la "Comique Film Corporation" et réalise son premier métrage ; son comparse qui jusqu'alors réalisait leurs films ayant été débauché par la Paramount.

Ce sera "One week", (la maison démontable en français) qui expose les sept premiers jours mouvementés de la vie d'un couple marié, semaine qui sera mise à profit pour la construction d'une maison en kit, offerte par l'oncle du marié. Conte de fée moderne pour deux exquis fiancés, courageux et amoureux, mais dont la félicité va très rapidement être contrariée par la main cruelle d'un prétendant jaloux qui va inverser les numéros des colis.

Bien évidemment, la demeure nuptiale n'aura pas l'apparence d'un palais, la malveillance de l'éconduit cumulée à la maladresse des deux amoureux, va donner lieu à des situations absurdes, des scènes de construction périlleuses, le tout décliné à un rythme échevelé, mettant en lumière le génie du scénario et de la mise en scène. De fait "One Week" s'impose dès sa sortie comme un film de construction, celui qui va contribuer à bâtir toute l'originalité de l'œuvre du "clown triste".

Le burlesque de Keaton se construit sur l'élégance, l'humour n'est jamais grossier, les sentiments sont pudiques (même si les corps sont parfois devinés, comme dans l'excellente scène de la baignoire), le mouvement est perpétuel, les cascades de Buster sont absolument époustouflantes (et l'on peut même affirmer qu'aucun comédien n'a pris autant de risques depuis) et enfin la tendresse est, et restera omniprésente dans chacun des films de Keaton, telle une poésie de l'amour, sous-jacente dans chacune de ses scènes.

Pourtant, l'empathie envers son personnage ne nait pas d'une connivence quelconque que l'acteur aurait artificiellement créée avec le spectateur (complicité que savait créer à merveille Chaplin, grâce aux regards caméras). Non, lui entraine le spectateur dans un tourbillon vaudevillesque d'événements contraires subis par le protagoniste principal, de maladresses abracadabrantes, qui parent son personnage de toute notre sympathie, même si son visage n'exprime -à la manière d'un mime- aucune émotion, le regard seul manifestant les sentiments.

Tel était le cinéma de Keaton, bourreau de travail, talent incroyable et être humain si attachant...

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