That Which Remains

Avis sur La Maison du diable

Avatar Slade
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Il existe des lieux qui, par leur aura lugubre ou par leur taille monstrueuse, procurent des frissons terrifiants. Cette vieille maison de campagne des grands-parents, par exemple, visiblement trop grande pour eux seuls, où les chambres d'amis sont légion ; des champs à perte de vue autour, une civilisation quasiment absente du décor local. Un soudain isolement déstabilisant.

Ajoutons à cela de vieilles légendes contées par les parents concernant la demeure : une brume tenace les longs jours d'hiver, les murs, altérés par le poids du temps, bavards la nuit tombée, les incessants sifflements du vent à travers les craquelures. L'imagination bascule dans la paranoïa et nous plonge dans le doute de l'existence même.

Le docteur John Markway a visiblement été frappé par ce souvenir lointain avant d'enquêter sur les phénomènes paranormaux. Pourtant armé de sang-froid, il décide d'inviter plusieurs "témoins", affectés, de près ou de loin, par l'étrange, le surnaturel : Eleanor Lance (surnommée Nell), qui aurait aperçu un "poltergeist", Theodora, dotée d'une "extrasensibilité" (proche de la télépathie) et Luke Sanderson, futur héritier de la demeure, sceptique quant aux évènements hors-normes.
Lentement, mais sûrement, les nuits passées dans le manoir vont provoquer les résidents, aussi bien dans leur corps que dans l'âme.

Nell est prise pour cible prioritaire. Considérée en premier lieu comme une simple femme n'ayant pas fait le deuil de sa mère protectrice, son équilibre fragile se résulte par s'effondrer au milieu de l'histoire. Par ces légendes contées par le docteur Markway, bercé entre la fascination et le sadisme, par ces perceptions inquisitrices de Théo, par le vacarme des portes, le froid à l'intérieur du manoir. Par cette inscription démentielle sur les murs du manoir appelant son nom.

La grande force de ce film joue de nos peurs et de notre vision même de la peur. Rien, ou presque, n'est perceptible à l'oeil nu. L'esprit malin est vivement suggéré, mais jamais montré. L'ensemble se repose sur le point de vue des protagonistes, qu'ils soient crédules quant aux faits ou non.
Cette bâtisse, vieille de plusieurs siècles, est-elle à l'origine de tous les maux ? Les fantômes des précédents propriétaires sont-ils réels et assoiffés de cruauté envers les nouveaux venus ? Ou n'est-ce tout simplement qu'une tourmente psychologique, appuyée par les nombreuses histoires romancées du docteur et des servants (qui ont choisi de rester en ville plutôt que de vivre une seule nuit auprès de ce manoir) ?

Gageons que cette baraque n'apporte en rien quelque soupçon d'apaisement. La mise en scène, les plans de caméra au sein des couloirs de la maison, les jeux de lumière intelligents et la subtilité du décor illustrent le nécessaire pour bâtir un environnement horrifique. Si les apparences ne prêtent pas une telle attention en début de film, le regard du spectateur se crispe au fur et à mesure. Les bruits sourds devant la chambre de Théo et Nell, les portes se refermant "toutes seules", ou encore les statues.
Ces sculptures de tailles différentes, positionnées de près ou de loin dans les plans de caméra, glacent le sang. Utilisées dans des transitions, en arrière-plan, au-dessus d'un personnage ou mal cadrées, elles surveillent les moindres faits et gestes de chaque personne, même lors de scènes conviviales, comme le petit-déjeuner ou lors des premières confessions de Nell. Un placement tout à fait saisissant, qui ne laissera plus jamais le spectateur visualiser une statue comme auparavant (une idée convaincante qui a été reprise dans un épisode de la série "Doctor Who" : Blink).

Naturellement, l'affolement de Nell perturbe. Si la lente dégradation de sa raison est justifiée, difficile de résister à lui donner une bonne paire de baffes pour la faire revenir sur terre. Le comportement irresponsable du docteur Markway vis-à-vis de sa femme, arrivant dans la dernière demi-heure au manoir, la laissant aux mêmes risques que Nell, laisse pantois.

La maison du diable est un film percutant. Le thème classique de la maison hantée est joué avec habileté et réalisme, tandis que les acteurs procurent une performance de bonne facture. L'atmosphère nocturne, lugubre et étouffante procurée par la mise en scène fait émerger une peur ancrée de l'isolement, de l'invisible et de l'inconnu.

Difficile de retourner dans une maison de campagne après ça.

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