Une femme pour nous sauver !

Avis sur La Maison du docteur Edwardes

Avatar Fatpooper
Critique publiée par le

Un très chouette film même s'il n'est pas dénué de défauts. Je m'attendais à pire à vrai dire, étant donné que ce n'est pas un des films les plus populaires de la filmographie de Hitchcock. Quel raisonnement stupide (surtout que je m'aperçois, après avoir écrit ma critique, que beaucoup de gens connaissent ce film) !

Le scénario est globalement satisfaisant. La mise en place de l'intrigue amoureuse est un peu maladroite, refroidit même un tantinet étant donné qu'on nous présente un personnage féminin fort. De plus, lorsque Gregory Peck débarque, tout beau tout pimpant, on s'imagine qu'en fait la psychanalyse ne sera qu'une trame de fond, qu'en fait il s'agit d'une romance. Et bien non, Hitchcock et ses scénaristes s'amusent avec leurs spectateurs. La fin aussi m'a un peu embêté : en soi les scènes sont bien construites (la manière dont l'héroïne confronte le tueur à son crime) mais le fait que cela passe par une série de revirements de situation, c'est un peu dommage : le mieux, arrivé à la fin, c'est de faire un sprint en ligne droite et non zigzager.

Les personnages sont intéressants : au-delà de la vulgarisation de la psychanalyse (une vulgarisation claire et efficace), les auteurs semblent prendre plaisir à dépeindre le comportement macho de notre société : les hommes qui ne reconnaissent pas vraiment la femme comme leur égale, qui font des insinuations déplacées... tout cela, c'est une critique du harcèlement avant l'heure. Même quand la pauvre s'assied 5 minutes sur un banc, un gros lourdaud débarque aussitôt pour ensuite être chassé par un détective peut-être pas aussi encombrant mais ayant une opinion pas beaucoup plus noble de la femme. Le message est intéressant pour l'époque mais ce qui me plaît le plus, c'est la manière dont les auteurs exploitent cette 'trame' : sur le ton de la comédie, désamorçant ainsi la tension au bon moment, permettant de rythmer le récit en y apportant de la couleur et ce au travers de scènes plutôt bien trouvées. La seule maladresse que commettent les auteurs au niveau du traitement de la femme, c'est lorsque les personnages accordent peu de crédit à l'héroïne parce qu'elle est une "femme amoureuse". Ce n'est pas le fait que ce soit une "femme amoureuse" qui pose problème c'est le fait qu'elle soit "amoureuse" : peu importe son sexe, un psy qui est amoureux de son patient ne pourra pas faire du bon travail (ici ça fonctionne, on le pardonne puisqu'il s'agit d'une fiction) et en insistant sur le fait que ce soit une femme, ça décrédibilise un peu tout le travail effectué tout au long du film pour plaider en faveur de la femme (même si au final elle prouve qu'elle peut réussir) : pourquoi la femme aurait-elle à prouver qu'elle peut gérer ses sentiments et pas les hommes ?

La mise en scène est globalement réussie. Il y a quelques effets un peu grotesques, j'ai par exemple tiqué dès l'arrivée des violons quand Peck se présente pour la première fois (et en contrechamp, la lumière est soudainement plus travaillée sur le visage de l'héroïne) ; après coup, je me suis dit que c'était pour jouer avec le spectateur lui faire croire à une énième simple romance (et puis en y réfléchissant bien, Hitchcock prépare plutôt bien le terrain au niveau de la romance). Plus tard, ces mêmes effets ne me dérangeront plus, car Hitchcock propose un ton auquel il se tient et surtout, il ne déborde pas, n'exagère pas comme dans certains films (de l'époque ou d'aujourd'hui). La seule autre scène qui m'a un peu gêné, c'est celle du ski : c'est juste pas crédible pour un sou ! À croire qu'aucun membre de l'équipe n'a fait de ski de sa vie, même pas les acteurs. C'est dommage parce que ça plombe vraiment la situation en provoquant un rire gras là où il n'en faut absolument pas.

Mais à côté de ça, le film regorge d'inventivités : la séquence de rêve est formidable, a certainement servi d'influence pour pas mal de réalisateurs d'aujourd'hui comme Terry Gilliam. Il y a aussi le flashback du meurtre qui est bien foutu, aussi brève cette scène soit-elle. Et enfin il y a ce plan final, des plus mémorables même si l'exécution technique n'est pas exempte de reproche : c'est très fort, bien foutu et en parfaite adéquation avec la narration. En gros, Hitchcock opte pour des points de vue intéressants, un découpage fluide et efficace, ne se prive pas de jouer avec le spectateur (la scène où le héros descend et boit du lait laisse place à un très bon suspense, qui n'est ni exagérément intense ni totalement insignifiant).

Les acteurs font également du bon boulot.On se trouve, comme souvent à cette époque, dans un surjeu théâtral, mais c'est volontaire et ça colle avec une mise en scène très frontale (ça ne veut pas dire que les plans manquent de subtilité, juste que Hitchcock est clair dans ses intentions, il ne joue pas la carte -facile- des interprétations multiples).

Bref, j'ai ressenti quelques déceptions durant le film mais au final ça n'aura pas trop gâché le plaisir ressenti globalement tant ce film regorge de bonnes idées tant narratives que scéniques.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 235 fois
7 apprécient

Autres actions de Fatpooper La Maison du docteur Edwardes