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La Mauvaise Rencontre par eloch

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Découvert presque par hasard (insistance maternelle) sur France 2, ce petit téléfilm (qui reste un téléfilm donc avec ses défauts classiques) m'a tout de même attiré, il y a un petit quelque chose dans les jeux des acteurs (parfois agaçant) et dans le scénario (adaptation du très beau livre de Philippe Grimbert) de cette relation fusionnelle ou plutôt de cette "mauvaise rencontre" qui conditionne toute une vie.

Qu'est-ce qui agace ? La caricature des personnages, parce-que ça n'est pas assez fouillé, non ça ne suffit pas de réunir deux personnages juste parce-que tous les oppose : l'un est marxiste attiré par la mort et torturé jusqu'au bout, l'autre est freudien, attiré par les autres, ami d'une vieille dame, altruiste et bourgeois "je vais pas renier mes origines".

Loup est le personnage central de cette histoire, celui qui raconte en voix off ce qu'on voit déjà à l'image. Comme c'est agaçant cette attirance pour les voix off très souvent insupportables et venant souligner l'évidence. C'est le thème de l'adaptation, ce qui ne peut être retranscrit par l'image est dit comme ça a été écrit, quel aveu d'échec aussi... L'échec des images quoi, ce qui fait principalement un film.

Mais bref, Loup, attachant et tout en retenu Matthieu Dessertine , est un gentil garçon renfermé, il ne s'intéresse pas aux filles, il ne boit pas (il proposera du jus d'orange à la première femme qui prendra possession de son corps un peu brutalement, un peu cliché aussi), il travail, il accompagne sa vieille ami au cinéma (la relation entre les deux personnages est finalement ce qui fait tout l'intérêt de ce téléfilm, même s'il y a trop de misérabilisme à la fin) et lui cache les yeux quand elle a peur. Il a du mal à comprendre sa mère et ses amies qui sont la "mort" à ses yeux, il ne voit jamais son père qui est l'homme qui "saute dans des voitures pour partir loin, le plus loin possible de nous".

Et puis, il y a sa découverte de la psychanalyse, son besoin irrépressible de tout expliquer par ce biais même la déviance de son ami, de laquelle il se sentira coupable jusqu'au bout (explication trop romanesque, trop téléfilm aussi, dommage). Parce-que ce qui est censé être au centre de cette histoire, c'est la relation entre Mando (un brin agaçant ce Samuel Bercer dans la nonchalance de son personnage qu'il pousse un peu trop avec sa tête de Rimbaud) et Loup : deux petits gamins inséparables que la vie finira (ou plutôt la mort) par séparer.

Parce-que Mando est trop attaché à Loup, qu'il l'étouffe, l'empêche d'avoir d'autres amis, qu'il passe son temps au cimetière à fleurir la tombe de deux frères jumeaux morts à un jour d'écart et dans lesquels il voit la réincarnation de lui et Loup et d'une femme dont il se plait à caresser la statut qui se trouve sur sa pierre tombale. Bref, un personnage hautement torturé si attaché à Loup qu'il en quitte "la femme de sa vie" comme il dit parce-qu'elle a osé dire du mal de lui, son ami ou plutôt son amour inavoué? Oui parce-que l'histoire voudrait jouer sur la possible attirance amoureuse de Mando pour Loup (on y croit à moitié, c'est assez embourgeoisé comme film pour donner cette impression que l'homosexualité serait une fantaisie de plus, un mystère de plus à ce personnage hautement agaçant). Aller il meurt à 21 ans parce que c'est une réincarnation du faux mythe créer autour de Rimbaud, parce-qu'il s'est persuadé, après avoir violemment rompu son amitié avec Loup en automne dans une lettre, qu'il va mourir symboliquement et qu'un autre s'empare de lui. Une mort symbolique qui tenterait à penser qu'il a eu sa mauvaise rencontre, ce qui fait basculer une vie, un changement radicale, une rupture amoureuse ou amicale, je vous laisse deviner quelle a été à dix ans, la mauvaise rencontre de Mando...

Puis Loup perd d'abord sa vieille amie Gaby (formidable Jeanne Moreau), il pleure, il perd le même jour Mando comme ami (lui qui jalousait Gaby) qui lui dit qu'après tout il faut faire toutes les ruptures en même temps. Mais il le recontacte après pour lui parler de sa métamorphose. Loup est persuadé qu'il doit l'aider jusqu'au bout mais il ne se doute pas que seule la mort doit être l'issu de cette passion destructrice...

Un peu cliché, un peu poussé et misérabiliste, alors qu'est-ce qui m'a plus dans ce téléfilm, adaptation ? Et bien, le jeu de Matthieu Dessertine, la belle évolution de son personnage, sa relation avec Gaby que je trouve vraiment génialement imaginée mais aussi la stylisation des plans, l'hiver grisonnant et le cimetière du Père Lachaise vu sous un angle intéressant, le vagabondage des personnages, les soirées de jeu de Gaby.

Et puis surtout cette phrase du personnage de Loup adulte qui dit " Avec le temps j'ai fini par comprendre que j'étais fait de mes morts et c'est une chose merveilleuse", voilà comment ôter tout tragique superflu à un film, donner la possibilité d'un espoir et comment montrer qu'on peut faire de la perte une force et non une fatalité, bref un souffle intéressant insufflé à un personnage attachant: on aurait presque envie d'oublier Mando et d'appeler ce film: Loup et ce serait parfait...

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