Dans l'antichambre du pouvoir

Avis sur La Mécanique de l'ombre

Avatar Marlon_B
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Excellent premier long-métrage pour Thomas Kruithof qui affiche d'emblée avec ce thriller asphyxiant et anxiogène une étonnante maîtrise de l'écriture et du maniement de la caméra. Mis à part la passable direction d'acteurs, le reste est sans aucun doute un exercice formel sobrement élégant, émotionnellement et psychologiquement troublant qui laisse présager de l'établissement d'un nouveau grand réalisateur parmi le panorama du cinéma français.

Ce qui selon nous apparaît comme le point fort du film, c'est d'avoir réussi à nous plonger dans les recoins secrets e insoupçonnées de la psychologie du protagoniste, Duval (F. Cluzet), homme affaibli par un passé douloureux, voulant toutefois se relancer, mais qui est malgré lui emporté dans une nouvelle spirale émotionnelle inarrêtable, pris au milieu d'un jeu d'échec peu scrupuleux se jouant à l'ombre du pouvoir et dont il devient une pièce principale. Cette plongée progressive dans une intériorité tourmentée suit un récit se construisant peu à peu, pièce par pièce, à l'image de la métaphore du puzzle que Duval fait. Sans fioritures, le montage garde les points forts d'un scénario dont la profondeur et l'équilibre démontre l'excellente écriture en s'autorisant quelques ellipses et coupures parmi une narration suffisamment dense. Évitant les explications trop appuyées, Kruithof a souvent recours à des images suggestives (il suffit de voir la veste de Sara au milieu du désordre de son appartement fouillé pour comprendre qu'elle a disparu), sollicitant ainsi le spectateur qui doit se maintenir alerte et actif pour bâtir le sens. Il faut en effet saisir tous les indices donnée pour démêler cette intrigue inextricable, dénonçant avec audace les pratiques peu scrupuleuses des services secrets et de la politique (s'il ne s'agit que d'une fiction, les liens avec la vie réelle sont indéniables, les noms de certains hommes politiques ayant existé renforcé cette vraisemblance).

Il est cependant dommage que Duval, d'abord victime impuissante d'une machination sans échappatoire tournant donc à la tragédie, puis prenant son destin en main d'abord moralement (entend un meurtre dans ses enregistrements) puis physiquement dans la scène symbolique où il prend le volant du véhicule où il est passager, soit incarné par un Cluzet au jeu beaucoup trop plat (alors que son personnage est en proie à un terrible désastre) dépourvu de variations émotionnelles, aux réactions trop tièdes, au visage trop impassible, à la diction trop monotone pour qu'on puisse parler de justesse. De même, les personnages secondaires (à l'exception d'Alba Rohrwacher) nous semblent des récitateurs de texte plutôt que des acteurs, ce qui nous mène à interroger la direction d'acteurs. Enfin, les lieux choisis pour les rencontres et confrontation entre les deux camps adverses relèvent d'une mise en scène parfois trop aguicheuse, optant pour une grandiloquence spatiale à l'esthétique de western moderne.

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