Il était une fois Tom Cruise

Avis sur La Momie

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Et ainsi naquit le Dark Universe, nouvel univers étendu des studios Universal, en ce mois de juin 2017, ressuscitant son bestiaire du vieil Hollywood pour une fois de plus attiser la fascination des monstres de cinéma à renfort d'un casting 5 étoiles. C'est à Tom Cruise que revient la lourde responsabilité de lancer les hostilités, inutile de se pencher sur le yes man qui tient la caméra, le projet de cette réadaptation de La Momie lui est confié tel un flambeau qu'il faudra amener à bon port au bout de ces 1h40 pour éclairer la destiné de cette franchise fort coûteuse. Le pari était donc plus que risqué, d'autant plus que le cinéma d'épouvante classique mêlé à la recette typiquement blockbuster n'offre pas toujours l'alchimie espérée, la promo s'est même montrée poussive au possible où Tom himself a été jusqu'à tenir le crachoir de Yann Barthès en arborant son plus beau sourire pour nous vendre son dernier paquet de lessive, pas vraiment engageant me direz-vous... Il en était de même pour la bande annonce qui promettait davantage un ersatz de Mission Impossible qu'un film de momie, sans revenir sur l'accueil désastreux dont il a fait les frais de la part de la critique américaine, mal parti tout ça, mal parti …

Et pourtant justement je trouve que le film part bien, qui n'est pas sans rappeler la version de Sommers de 1999, l'histoire est introduite par la découverte d'un tombeau et du mythe de la Princesse Ahmanet datant de plusieurs siècles, qui pactisant avec Seth pour conquérir le trône d'Égypte fut capturée et momifiée vivante avant de ne pouvoir accomplir la prophétie de faire entrer un démon dans notre monde, tout cela pour évidemment la retrouver à notre époque. Nick Morton (Tom Cruise), dénicheur d'objet archéologiques en mission en Irak, déterre de manière fortuite la prison des sables et embarque le sarcophage de Ahmanet aidé de ses partenaires (dont la superbe Annabelle Wallis) à bord d'un avion militaire direction Londres, sans se douter que la malédiction est déjà en marche...

Sincèrement j'ai beaucoup aimé la première demi-heure du film car il y a à peu près tous les ingrédients pour tenir en haleine : le mystère, l'expédition, le fantastique, l'action, la tension, un peu de légèreté et bien sûr le charisme de Tom Cruise, il est même dommage que les trailers nous aient spoilé le passage de l'avion cargo, qui reste mine de rien l'unique moment de grand spectacle du film, argument vendeur qui dépendamment du récit passe plutôt bien, sans paraître tant exagéré. La suite repose sur la malédiction dont fait l'objet Morton, avec d'ailleurs un côté Loup Garou de Londres sympa lorsqu'il se retrouve hanté par les visions du cadavre vivant de son ancien coéquipier, Cruise apporte une petite touche de second degré à son personnage et la mise en scène joue également de cette idée, avant de basculer dans un cauchemar éveillé où il comprend que Ahmanet (Sofia Boutella) l'a choisi pour achever la prophétie. Le background des obscures rues londoniennes et des forêts brumeuses mise sur un univers gothique tout à fait bienvenu vis à vis de la retransposition moderne des classiques Universal, bien que la musique ait souvent tendance à appuyer lourdement les séquences d'action, en plus de quelques recours aux gimmicks quasi burlesques relativement inutiles lorsque l'épouvante s'invite.

Le premier vrai soucis du film apparaît en la personne du docteur Jekyll, incarné par Russell Crowe, car je ne comprends pas très bien ce qu'il vient faire dans cette histoire si ce n'est pour s'intégrer au fil conducteur du Dark Universe, un peu comme DC avec Wonder Woman dans Batman v Superman par exemple, c'est souvent ce côté partouze des segments d'univers étendu qui me pose problème car il ne reste que purement opportuniste pour en quelque sorte teaser la prochaine salve. Ce qui enlève au long métrage une partie de son identité propre pour en faire un produit, ce que je trouve dommage car il pouvait tout aussi bien exister par lui-même avec un autre "méchant", de plus la transformation en Hyde (Crowe surjoue comme un goret), et les grandes phrases de Jekyll qui précèdent, détournent plus l'attention de l'action principale qu'autre chose. Bien que la dynamique soit retrouvée par la suite où le registre "Tom Cruise Movie" s'allie au contexte fantastico-horrifique du soulèvement des monstres dans la ville, plus ou moins haletant, même si la réalisation montre ses limites quant à faire perdurer la tension et l'émotion par le cadre, les plans demeurent peu inspirés et la photographie quasi inexistante.

La dernière partie répond aux attentes de la dramaturgie instaurée le long du film, autant vis à vis du personnage de Annabelle Wallis que de celui de la momie, durant un instant le dilemme est posé à Morton et c'est intéressant de se retrouver dans l'expectative d'un dénouement à contre-courant, généralement dans ce type de blockbuster tout est attendu et on regarde ça passivement en finissant notre seau de pop-corn, qu'ici le doute est permis...

Après ce n'est finalement pas une surprise absolue mais franchement il m'aurait été impossible de prévoir le destin de Morton et du rôle qu'il pourrait jouer à l'avenir dans un autre volet de la franchise, qui pour le coup m'intéresse car la définition du Mal reste toujours vague, et voir Cruise en démon mériterait assurément le coup d'oeil, en espérant bien sûr que ce soit pour un vrai rôle et non une figuration mode partouzard.

Ce Dark Universe est donc lancé de manière correcte, si l'on accepte que le mythe de la momie soit quelque peu sacrifié sur l'autel du spectacle et si l'on fait fi de ses dérives narratives, Universal s'engage assurément dans quelque chose de très commercial et périlleux, mais je dirais que le gage d'un divertissement rythmé et bien raconté épaulé d'un lead ultra solide peuvent remporter la mise chez le public. Pour cette Momie il ne faut pas se mentir, c'est Tom Cruise qui le porte à bout de bras de long en large et en travers pour lui éviter le naufrage, personnellement cet acteur peut me faire gober les pires inepties et ici l'opération a une nouvelle fois fonctionné, de plus identifié au genre action/aventure son aura permet à l'épouvante de coexister, tout comme donner du crédit au reste de la distribution, un peu plus faible sur le papier (Russell Crowe par contre...).

Ça passe.

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