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La Mort de Mario Ricci par Karalábé

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Il est de ces films remarquablement austères qui, lors des premières minutes, font réagir de manière abrupte et définitive; what the hell is that fucking movie, it stinks!
"La mort de Mario Ricci'' en a toutes les apparences. Déjà c'est filmé dans le cadre vert et humide, qui sent bon le rhume et le vin blanc, de la Suisse. La photo, sa couleur est tout aussi glacée et 'réaliste', ce qui souvent a le don de m'emmerder...enfin les plans flirtent, au coup d’œil furtif, dangereusement avec le téléfilm franco-germanique qui sont légion sur Arte et que j'ai la faiblesse d'éviter chaque fois que je le peux...

Mais ça c'est les apparences. Si on se donne la peine de regarder et de ne pas s'endormir trop rapidement, on pourrait découvrir là une perle...
Et au final, il m'est apparu que ce film en est une.

Il m'a séduit par sa structure 'en bouton de fleur', où rien n'est montré trop en avant, chaque scènes appelant par la suite des événements, la logique du scénario brillamment écrit, une autre. Ainsi un journaliste italien, campé par un Gian Maria Volonté bien inspiré, débarque dans ce village perdu de Suisse profonde, afin de tirer les vers du nez à un professeur dépressif qui a passé sa vie à se battre contre la faim dans le monde...
Ce même jour, il apprend, en premier en constatant les impact sur une voiture et une moto lors d'un arrêt à la station service/garage du bled, qu'il y a eu un accident. Un italien mort, le garagiste impliqué. Tout est dit, rien n'est dévoilé.
Raconté ainsi ça ressemble à un bon Maigret tout ce qu'il y a de plus classique. Mais ce que j'ai trouvé remarquable, c'est la façon de mettre en scène ces 'faits', ces brides d'infos...déjà en suivant uniquement le point de vue de Gian Maria Volonté qui glane ci et là les dialogues entre gens du cru, les paroles en trop, les confidences interdites chez le coiffeur ou l'auberge...
Cette ténue intrigue policière, qui dans la plupart des cas se serait développée ainsi; crime-enquête-poursuite-arrestation, ne sera dévoilée qu'à la fin, par tout ces jeux de rencontres, de rendez-vous, des hasards de la vie...
Je regrette quand même que les 15 dernières minutes dévoilant le pot au rose, ne respectent pas trop cette dramaturgie initiale, profitant de la 'facilité' d'un personnage qui 'moucharde'...personnage qui toutefois sera toujours montré coincé, sur le point de cracher le morceau (excellent Lucas Belvaux), ce qui atténue quelque peu cette 'facilité' scénaristique.
De toute façon 'on s'en fout', aucune arrestation, rien. Volonté qui malgré lui se retrouve mêlé à ça et qui devant le fait doit bien dire quelque chose, conseille simplement d'aller voir la police. Le jour suivant, lui et son assistant quittent le village, fin.

En second lieu, et c'est, je trouve, ce qui fait le ciment du film, le reportage du professeur névrosé.
Ponctuellement Volonté et son assistant font le chemin pour se rendre au chalet du bougre et de sa jolie assistante, dans l'espoir de faire le reportage du siècle.
En vain, ce professeur s'est enfermé dans ses illusions, et vivre dans un monde chimériques, se battre pour des choses dont on ne peut rien, ça laisse des blessures tenaces. Le film finira sur une note d'espoir à ce niveau là, sur laquelle toutes les folies sont permises, même d'y croire...le professeur partira de nouveau en tournée de part le monde, conférence après conférence, ressasser sans cesse ses 'solutions'.

Les deux canevas mis ensemble sont une magnifiques illustration cinématographique de ce qu'est la 'vie'. Ce n'est jamais que le champs de vision à 360° d'un diamètre de quelques coudées, ce n'est jamais que la vue directe de ce qui est présentement offert à notre regard et tout le reste c'est des histoires qu'on se raconte, des projets que l'on rêve, du vent mais qui réchauffe parfois. Ainsi oui il peut paraître surprenant que dans un film l'idéaliste (le professeur) soit malmené de la sorte, mais c'est la cruelle réalité. Il en aurait fallut plus d'1 million comme lui, sur le terrain, pour vaincre les maladies de 100,000,000 d'affamés.

Un film languissant, que je trouve remarquablement construit et fascinant dans sa structure et sa mise en scène.

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