Eastwood devant et derrière la caméra pour un beau film à l'ancienne même si pas toujours crédible.

Avis sur La Mule

Avatar Rémy Fiers
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Quel bonheur de retrouver Clint Eastwood devant la caméra en plus d’être derrière. Et surtout qu’il laisse un peu tomber ses films patriotiques (l’horrible « Le 15h17 pour Paris » et le surestimé « American Sniper » pour ne citer qu’eux) pour revenir à un cinéma plus simple et apaisé. Un cinéma humain et beau par les valeurs qu’il véhicule. Il avait pourtant dit qu’il ne ferait plus à l’acteur après « Gran Torino », puis il l’avait redit après « Une nouvelle chance » qu’il n’avait pas réalisé. Mais il semblerait que le vieux Clint (bientôt 90 ans tout de même, ça force l’admiration) ne s’attendait pas à vivre si longtemps et que l’envie de repasser devant la caméra devait le titiller plus que de raison. Et c’est toujours un énorme plaisir que de le retrouver à l’écran. Si ses rôles dans « Gran Torino » et « Million Dollar Baby » resteront davantage dans notre esprit comme ses deux chants du cygne indétrônables, à la fois émouvants mais aussi magistraux par sa simple présence, il s’offre également une très belle partition avec « La Mule ». Un long-métrage peut-être en forme d’oeuvre testamentaire et de pardon envers sa famille (l’horticulture pouvant être vue comme le septième art et les fleurs comme des films). Ici, il arrive même encore à être drôle au détour de quelques répliques bien envoyées et surtout à nous faire verser notre petite larme lorsqu’il obtient le pardon de sa famille. Un rôle original que celui de ce papy qui décide de convoyer de la drogue pour un cartel pour tenter de réparer une vie d’absence auprès des siens par l’argent. Le scénario n’étonne jamais mais tient bon son sujet jusqu’au bout, un sujet qui aurait pu être celui d’une comédie. Eastwood choisit d’ailleurs plutôt l’entre deux : « La Mule » n’est ni un véritable drame, pas vraiment une comédie non plus et il se pare de quelques contours de thriller d’investigation.

C’est peut-être d’ailleurs dans cette partie portée par Bradley Cooper (qui devient le fils spirituel cinématographique du grand Clint au cinéma par de nombreuses ramifications) que le film plaît le moins. Elle est plus banale, plus attendue, moins prenante. D’ailleurs dès que Clint Eastwood quitte l’écran, le film se ramollit. Heureusement, cela n’arrive qu’un quart du temps. On pourra déplorer aussi un aspect peu crédible dans la façon dont les cartels de drogue sont montrés et hiérarchisés, loin de l’aspect documentaire et réaliste de « Sicario ». D’ailleurs la scène où le chef de cartel est éliminé par son second est risible, tout comme il faut s’asseoir sur quelques invraisemblances dont la plus grosse est le weekend passé par le vieil Earl chez ce dernier tous frais payés, qui nous apparaît totalement invraisemblable. Mais la balade à laquelle nous convie Eastwood est plaisante, les petites remarques qu’il fait sur notre temps sont drôles, son petit côté républicain tourné en dérision est appréciable et on passe un très bon moment sans accroc. Un cinéma humain, presque naturaliste qui fait plaisir. On pourrait tiquer sur l’aspect discutable qui nous fait suivre un personnage envers qui on a de l’empathie se faire de l’argent tranquillement au-dessus des lois, mais la manière dont c’est amené ne laisse planer aucun doute sur les intentions du film. Et, à la fin, la morale est sauve pour ce film à l’ancienne plaisant comme une bonne tisane d’hiver.

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