La Mule : Éternel Eastwood

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Clint Eastwood, l’octogénaire le plus productif du 7e art revient déjà sur les écrans après son peu recommandable 15 h 17 pour Paris. Film raté qui aurait pu être le dernier du cinéaste. Comme pour se faire pardonner, le réalisateur redevient aussi acteur pour La Mule, adaptation d’une histoire vraie comme il les aime. Alors, Eastwood est-il toujours Eastwood ?

C’est l’heure du bilan ces derniers temps. Ou c’est ce que l’on pourrait croire. Les derniers gros dinosaures hollywoodiens ont tendance à regarder dans le rétro avec le temps qui passe et les années qui s’accumulent comme autant de cheveux blancs. Tonton Spielberg a gratifié les cinéphiles de son magnifique Ready Player One, sorte de testament qu’il laisse à la pop culture et introspection de l’homme qu’il était jeune, comme de celui qu’il est aujourd’hui. D’une manière plus personnelle, Clint Eastwood, l’éternel « homme sans nom » fait aussi un bilan de son patronyme dans La Mule.

Grand adorateur des histoires vraies qui respirent les maux de l’Amérique, Eastwood ne pouvait que se pencher sur la vie de Leo Sharp. Horticulteur de talent, ce dernier est devenu à 90 ans, la parfaite mule d’un cartel de drogue mexicain pour éponger ses dettes. Rebaptisé Earl Stone pour les besoins du film, le bonhomme à tout d’un personnage eastwoodien en diable. Sorte de cousin plus âgé du Walt Kowalski de Gran Torino, dernière apparition de Clint devant sa propre caméra il y a dix ans.

Un bon film de Clint Eastwood se reconnait à la simplicité apparente de son histoire. Ici, un vieux grand-père sur le retour retrouve sa gloire financière grâce à la drogue alors que la DEA lui colle au train. Mais comme souvent, la grille de lecture qui se cache derrière vaut le détour. Les thèmes fétiches du réalisateur de Million Dollar Baby reviennent. Toujours les mêmes. Toujours aussi bien troussés. Dans La Mule, ils ont en revanche un goût particulier. Tout d’abord parce qu’à l’image d’un Robert Redford versatile, Eastwood revient enfin devant la caméra, toujours aussi charismatique du haut de ses 88 printemps. Il avait juré qu’on ne l’y reprendrait pas. Qu’importe. Amaigri, dos voûté, traits en tranchées, une légende hollywoodienne en imposera toujours, quoiqu’il se passe et malgré le temps qui passe.

De légende, et bien c’est presque de ça qu’il est question. À l’image de son personnage, Clint Eastwood parle sans filtre. Parce qu’il n’a plus le temps. Parce qu’il ne l’a jamais fait. Et parce qu’il se contrefout d’avoir à se justifier devant la terre entière. Eastwood est Clint. Clint est Eastwood. Point. Son racisme, sa soif de liberté, la manière dont il a traité certaines de ses ex-femmes, vouloir être quelqu’un… Tout y passe ou presque. La confession est brillante, habillement maquillée sous des airs de petit polar sans prétention. Et surtout, comme souvent chez le cinéaste, l’émotion n’est jamais très loin. Même le dos vouté, Eastwood domine encore beaucoup de monde du haut de ses 88 ans. Une légende ne meurt jamais mais cette Mule pourrait faire office d’adieu parfait.

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Fort d’une histoire et d’un personnage qui lui permet de se regarder dans le miroir, Clint Eastwood prend le temps de faire une introspection de lui-même derrière un polar habillement mené. Au sommet de son art, le cinéaste offre une magnifique leçon sur le temps qui passe et les regrets qui vont avec. Le tout dans une émotion contenue. Aussi bien film testamentaire que nouvelle pierre dans son édifice de l’étude des maux de l’Amérique, La Mule est l’un des premiers temps forts de 2019.

https://pellicules35.wordpress.com/2019/01/30/la-mule-eternel-eastwood/

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