"Faites-vous des amis avec l’argent trompeur "

Avis sur La Mule

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À l’âge où nos contemporains soignent jardins, souvenirs et rhumatismes, Clint Eastwood nous offrit les flamboyants Mémoire de nos pères (2006), Lettres d’Iwo Jima (2007), L’échange (2008), Gran Torino (2009) et Invictus (2009). La suite, d’Au-delà (2010) à Le 15 h 17 pour Paris (2018), était moins convaincante. Clint baissait. Était-il fini ? Clint se réservait un dernier grand rôle. L’histoire est tirée d’un fait divers. Un horticulteur ruiné passe de la drogue aux USA. Avant d’être pris, le nonagénaire rembourse ses dettes et aide ses proches. Il plaidera coupable.

Nick Schenk, le scénariste, avait signé celui de Gran Torino. Les deux films présentent des similitudes, notamment le personnage principal et le contexte mafieux. Incarné par Clint, Earl Stone ressemble comme un frère à Walt Kowalski, en moins bougon. Tous deux sont des vétérans de Corée, des solitaires au déconcertant franc-parler. Seulement, Earl a dix années de plus. Il traine la jambe et n’est plus capable de se battre. Emporté par sa passion pour ses fleurs, il a négligé sa famille, qui l’a rejeté.

Le scénario est d’une rare simplicité. Une douzaine de voyages, la même route, les mêmes motels. La lumière est belle, souvent crépusculaire. Clint porte le film sur ses épaules voutées. Le héros sans peur de notre enfance s’est mué en vieillard fragile. Il parle peu, mais regrette ses erreurs passées. Il tente d’avertir ses proches : la vie est courte, sans grand succès. Réaliste, il n’insiste pas, mais entend profiter de la vie. Il s’offre une voiture, un bracelet précieux et des prostituées. L’argent facilement gagné lui permet de financer le mariage de sa petite-fille, puis la rénovation du bar de ses potes. Sans aucun état d’âme, le vieil homme se découvre prodigue. Les cargaisons prennent de la valeur, le cartel charge sa meilleure mule et la surveille de près. Libéré de la peur, le vieillard fascine les tueurs. La sidération des truands mexicains n’aura n’égale que dans celle des agents de la DEA. Mieux, il se réconcilie avec sa famille. Pour la première fois, Clint est heureux. Il sourit, sa joie est contagieuse.

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