"La révélation espagnole du mois" pas du siècle...

Avis sur La Niña de fuego

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Magical Girl ou "La nina de Fuego" pour nous autres français est le premier film de Carlos Vermut, petit protégé de Pedro Almodovar qui n'hésite pas à le qualifier de « révélation espagnole du siècle », rien que ça... Un coup marketing embelli du succès de Barbara Lennie sacrée meilleure actrice espagnole de l'année aux Goyas 2015. De quoi nous allécher, avec méfiance tout de même.

Le film commence par un face à face - un flashback - entre un maître d'école (Carlos) et une élève indisciplinée (Barbara) qui le mettra à mal devant toute sa classe de façon culotée et inattendue. Une première rencontre fascinante. Carlos Vermut nous saisit d'entrée puis rompt totalement d'ambiance pour dévoiler un autre personnage clé : Luis, sans emploi, élevant seul sa fille Alicia atteinte de leucémie. Avant qu'il ne soit trop tard, Luis se décide à réunir la somme de 7000€ pour offrir à sa fille la robe de ses rêves issue de son manga favori.

Le film installera ses enjeux très lentement avec une mise en scène sobre mais pensée, le cinéaste emboîtant au fur et à mesure le quotidien de ces personnages sans réelles connexions aux premiers abords. Tout finit par concorder et le voile se lève subtilement grâce à une narration déroutante mais sans sortie de route pour autant. Bien écrit, le film cultive le mystère avec intelligence et patience.

En effet, le film prend le temps. Beaucoup trop. C'est sa faiblesse mais aussi sa force, les moments violents et les scènes fortes étant décuplées à travers cette monotonie apparente. Les musiques, rares, résonnent aussi plus fortes. Le spectateur capable de tenir face à cette exigence se verra récompensé très certainement d'un doux choc à la fin de la séance. On en sort un peu abasourdi même si l'on a vu certains évènements arriver de loin.

Le scénario est réfléchi, sombre et dramatique. En plus du destin de ses personnages, la puissance sourde et progressive du film vient aussi sûrement du portrait de l'Espagne dressé en arrière plan par le réalisateur. Il n'hésite pas à nous le faire comprendre explicitement par moments comme en montrant ostensiblement le livre de la constitution espagnole que s'échangeront les personnages, symbolique, ainsi que par le discours tenu par certains second rôles : Carlos Vermut définit l'Espagne comme perdue entre raison et émotion, s'appuyant sur l'idée de la corrida dans un dialogue pour imager la situation. La photographie, sans couleurs éclatantes, presque fade et les lieux rencontrés contribueront au constat.

Sans oublier les acteurs, tous formidables sans exception (José Sacristan, quelle voix !) apportant l'intensité nécessaire au film. Surtout Barbara Lennie qui incarne le personnage central du film appelé aussi Barbara. L'actrice, brune ténébreuse dont la beauté sert parfaitement son rôle, livre une prestation calme mais puissante, entre douceur apparente et feu intérieur. Sans aucun doute l'une des forces du film et à l'image de l’œuvre du réalisateur : le personnage se retient sans jamais se dévoiler entièrement.

Pedro Almodovar est de bon conseil avec La Niña de Fuego. Pas la révélation espagnole du siècle, non, mais un début de carrière prometteur pour Carlos Vermut avec un premier film percutant et sûre de lui doté d'une interprétation brillante. Néanmoins, le film ne plaira pas à tous, la faute à sa lenteur un peu trop pesante et qui sollicite notre patience. Mais même si l'ennui s'installe quelque fois, le film finit par faire son petit effet et délivre le petit choc qui mérite de rester jusqu'au bout.

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