Un film d'horreur des plus grossiers

Avis sur La Nonne

Avatar Sébastien Decocq
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Si les univers étendus sont devenus monnaie courante dans le paysage hollywoodien, il est difficile de croire qu’une telle formule puisse s’appliquer au genre horrifique. Il suffit de voir ce qu’Universal tente de faire avec ses monstres (Dracula, Loup-garou, Monstre de Frankenstein…), livrant pour le coup des titres qui singent des figures emblématiques de l’horreur, car beaucoup trop lisses, foutraques et impersonnels (Dracula Untold, La Momie avec Tom Cruise). … à l’image des blockbusters du moment ! Cela n’a pourtant pas empêché James Wan de relever le défi, et ce à partir de son plus grand succès (entendre par là critique et commercial, car ne prenons pas compte la bombe industrielle qu’est Fast & Furious 7) qu’est le meilleur film d’horreur de ces dernières années : Conjuring. Sans parler de sa suite, il aura fallu à Wan d’intégrer à son film quelques démons au charisme démentiel pour qu’une saga se construise autour du couple Warren. Premièrement, il y a une la poupée Annabelle, ayant eu droit à un premier opus exécrable (et je pèse mes mots !) et une suite, de bien meilleure facture (sans originalité mais très efficace). Désormais, avant que ne débarque Annabelle 3 et Conjuring 3, c’est au tour du démon Valak (introduit dans le second volet de la saga principale) d’avoir droit à son spin-off et d’étendre ce qui se fait désormais appelé le Conjuring Universe. Si le succès commercial était garanti d’avance via le petit budget et l’aura de la saga, avons-nous un film qui permette à la série de continuer sur sa lancée ? Bien qu’on soit loin du désastre qu’avait été le premier Annabelle, l’échec est tout de même de mise…

Au moins, La Nonne ne réitère pas la grosse erreur d’Annabelle, à savoir mettre en avant son démon éponyme sans jamais vraiment l’exploiter. Ici, Valak est bien au centre de l’histoire, ce qui est déjà une bonne chose ! Après, il ne restait plus qu’à voir comment le scénariste Gary Dauberman (qui penche également sur les films Ça d’Andrés Muschietti) et le réalisateur Corin Hardy (celui-là même qui devait mettre sur pieds le remake de The Crow avant de fermer la porte). Et il faut bien dire que le résultat est tout simplement lamentable. L’originalité ? Il faut bien avouer que ce point-ci, il y a longtemps que nous n’en attendons plus grand-chose, surtout pour un tel produit cinématographique. Nous sommes désormais habitués à la même rengaine, à savoir des personnages qui doivent affronter une entité maléfique hantant un lieu bien défini. Ce postulat, on nous le sert depuis des décennies mais il arrive encore que certains titres parviennent encore à surprendre par leur traitement (Insidious et Conjuring, justement !). Donc non, l’originalité n’est pas le défaut principal de La Nonne. C’est ni plus ni moins son écriture ! Et pour cause, rarement un film d’horreur de ce calibre (estampillé James Wan, j’entends bien), n’avait été aussi cliché et caricatural que ce dernier. Le genre de produit qui regroupe en une bonne heure et demie toutes les tares que nous pouvons trouver au genre. Notamment des personnages abrutis comme ce n’est pas permis (ne fuyant jamais le danger, agissant comme des insensés…), des facilités scénaristiques déconcertantes (l’héroïne cherchant le Père enfoui dans un cercueil, alors qu’à aucun moment elle n’a eu vent de sa disparition) et des éléments horrifiques grosses comme une maison (le Père faisant face à une apparition de son passé, qu’il vient tout juste d'évoquer quelques minutes auparavant). Sans oublier le fait que le film décide de partir sur un jeu de piste via la mystérieuse mort d’une Sœur sans parvenir à nous intéresser le moins du monde, le tout se montrant foutraque et sans queue ni tête. Que le titre tente d’apaiser de temps en temps les esprits par une note humoristique balourde (le personnage de Frenchie). Et que le tout s’éternise dans un dénouement qui n’en finit plus… Autant dire que rien qu’au niveau du scénario, l’aura du démon Valak en prend un sacré coup !

Malheureusement, cela ne s’arrête pas là… Cette fois-ci, il faut blâmer la réalisation de Corin Hardy, mauvaise. Alors oui, nous pouvons tout de même reconnaître l’efficacité de certaines séquences horrifiques (quelques apparitions de Valak) et l’ambiance pesante du film (via l’aspect gothique des décors et de la bande originale). Mais cela s’arrête là ! Car niveau fainéantise, nous avons rarement touché le fond de la sorte ! Entre les effets spéciaux à outrance qui ridiculisent la plupart des ressorts angoissants du film (dont cette espèce de nonne zombie sortie du clip Thriller de Michael Jackson), des comédiens en totale roue libre et des jump scares à la pelle, La Nonne fait rarement peur. Pire, il fait parfois plus rire qu’autre chose avec ses entités grotesques, ses instants horrifiques prévisibles à l’excès, son incroyable manque d’imagerie (entendre par là des plans bien fades) et son aspect au final série B (à un moment, on a le droit à une musique de victoire style jeu vidéo, c’est pour dire !). Un véritable exemple de fast-food du cinéma d’horreur qui pêche par sa facilité et son manque d’imagination. Quelque part – et beaucoup semblent adhérer à ce constat –, on a envie d’apprécier La Nonne. Sincèrement ! Le démon n’est pas bafoué comme l’avait été Annabelle avec son premier film solo. L’ensemble possède un certain charme dû à son ambiance religieuse et démoniaque. Mais le reste du film ne parvient nullement à faire ressortir cet atout non négligeable. Fort dommage…

Si La Nonne réalise pour le moment le meilleur démarrage de la saga au box-office, ce n’est pas le long-métrage le plus réussi de cette dernière. La preuve qu’exploiter le filon d’un univers partagé dans le genre horrifique n’est pas une bonne chose à faire ? Avec une suite déjà annoncée ainsi qu’un autre spin-off dans les tuyaux (sur le Crooked Man, vu également dans Conjuring 2), la série lancée par James Wan n’est vraiment pas prête de s’arrêter, et ce malgré l’échec critique de certains titres. Du moment que de bons films nous soient délivrés (les Conjuring, Annabelle 2) et que chacun d’entre eux cartonnent commercialement parlant, il n’y a aucune raison que l’aventure prenne prématurément fin. Il ne reste plus qu’à espérer que les mauvais films ne deviennent pas une habitude de cette saga lucrative…

Critique sur le site https://lecinedeseb.blogspot.com/2019/01/rattrapage-2018-la-nonne.html

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