Tant Valak ruche à l'eau

Avis sur La Nonne

Avatar Seb C.
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Même si la saga Conjuring est très inégale, La Nonne partait sous de (plutôt) bons auspices. Corin Hardy, dans une interview pour Mad Movies, expliquait vouloir éviter au maximum le recours au numérique et privilégier les décors gothiques véritables pour retrouver le parfum des films d'horreur à l'ancienne, dans une démarche semblable à celle de James Wan. La Nonne du titre a d'ailleurs fait partie des moments d'anthologie des réalisations de Wan et promettait une belle réussite formelle, surtout dans les conditions artisanales voulues par l'équipe. De même, le précédent volet, Annabelle 2, a témoigné d'un étonnant sursaut de vigueur pour la série, et reste aujourd'hui encore un film injustement sous-estimé, qui a non seulement figuré l'envol (inespéré) de David F. Sandberg, mais a également prouvé que New Line Cinema était capable de soigner sa franchise. La Nonne partait enfin sur un casting intéressant, avec la sœur de Vera Farmiga dans le rôle principal mais également (surtout ?) l'acteur belge Jonas Bloquet, habitué d'un cinéma d'auteur exigeant, qui a été révélé par Joachim Lafosse dans un film radical (Elève Libre), et dont l'incongrue participation a terminé de donner à cet épisode une certaine aura. En tous cas, en ce qui me concerne.

Le résultat final, qui n'était pourtant pas gagné, est que La Nonne fait pire que le premier Annabelle, pourtant sacré parmi les plus mauvais films d'horreur de sa génération, et que la volonté de l'équipe de jouer la carte du naturel n'était qu'un cache-misère pour une production certes très clairement fauchée, mais surtout sans guère de talent à l'oeuvre. De façon surprenante, Corin Hardy cède à toutes les facilités possibles et imaginables. Depuis l'image constamment sombre pour masquer un manque (une absence ?) de travail sur la photographie, jusqu'au scénario sans queue ni tête en passant par l'interprétation peu concernée des comédiens, La Nonne se révèle incapable de ne faire ne serait-ce frémir. Le film est quasiment dépourvu du moindre ressort horrifique, avec non seulement une invraisemblable avarice en péripéties (on a l'impression qu'il ne s'y passe rien) mais en plus une incapacité à transformer jusqu'à la plus maigre de ses tentatives, qui ressemble au fruit d'un travail de youtuber amateur. Certes, à quelques exceptions près, le cinéma fantastique récent n'a pas été spécialement gâté en sorties de qualité, mais réussir à générer un tel ennui, une telle indifférence, échouer jusque dans le jump scare de base que le concurrent le plus médiocre arrive pourtant à assurer, cela tient d'un exploit quasi-surhumain qui m'a fait me demander si le producteur lui-même avait visionné le film. Comment un film d'horreur a-t-il pu sortir dans un état pareil ? On a tout simplement l'impression que rien n'est terminé. Que le film en est à l'état de mock-up. L'expression de catastrophe industrielle me semble encore trop gentille pour qualifier La Nonne, qui fait donc passer les dernières réalisations de John R. Leonetti, John Krasinski ou Pascal Laugier pour des chefs d'oeuvre du genre.

Le film ne respecte rien. A commencer par la mythologie Conjuring, malmenée et rafistolée à coups de rustines low-cost pour justifier son appartenance au lore créé par James Wan. David F. Sandberg s'était assez brillamment acquitté de sa tâche avec Annabelle 2, en réussissant à mimer le style Wan tout en apportant une touche personnelle, et sans chercher à tout prix le raccord avec la grande histoire (y en a-t-il seulement une ?) pour tracer son propre sillon. La Nonne, elle, semble avoir essayé à la dernière minute de tracer des ponts avec Conjuring, au prix d'incohérences fondamentales et de malhonnêtetés manifestes lorgnant allègrement du côté du nanar DTV. Gary Dauberman, déjà à l'oeuvre sur les Annabelle, semble avoir écrit le scénario sur un morceau de papier toilette en s'assurant simplement de faire le lien avec d'anciennes scènes que tout le monde a oublié. Les personnages, non contents d'être lisses et impropres à la moindre identification (outre le personnage du prêtre, c'est surtout celui incarné par Jonas Bloquet qui interloque : un acteur belge jouant un Québécois à l'accent parisien, il fallait oser), ne font jamais avancer l'intrigue. Le némésis du titre est quant à lui quasiment absent, n'intervenant qu'à la toute fin pour une poignée de séquences molles et incohérentes qui n'arrivent pas à la cheville de ce qu'avait réalisé Wan en seulement quelques plans. Surtout, le film ne fait jamais peur. Pas à un seul instant on ne se sent inquiet, stressé, sous la pression d'un possible dérapage que Wan et même Sandberg avaient largement réussi à créer, fût-ce au prix de certaines paresses. La paresse, dans La Nonne, est telle que même l'effet le plus petit est incapable d'aboutir. On s'y sent comme dans une parodie qui ne fait pas rire, ce qui renvoie peut-être à une certaine conception de l'horreur, mais ne saurait faire illusion même en tant que "modeste" spin-off.

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