Les sauterelles ça stridule

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Le genre à la française, c'est la proposition que nous fait Just phillippot avec son premier film qui ne commet pas l'erreur de proposer un film qui se calquerait sur un modèle de cinéma de genre américain, que l'on aime énormément mais dont il serait dommage de reproduire toutes les ficelles quand on a toute une tradition de cinéma française dont il serait dommage de ne pas s'inspirer. Et c'est exactement ce que fait Phillippot, ancrant son film dans un paysage de drame social et distillant au compte goutte ses éléments étranges au fur et à mesure que les fameuses sauterelles élevées par la mère de famille se révèlent macabres . C'est d'ailleurs une des grandes forces du film, le malaise ne vient pas tant des sauterelles en elles même (même si les longs gros plan silencieux du réalisateur sur ces insectes sont tout autant fascinant que dérangeant, on découvre d'ailleurs dans ce long métrage que la sauterelle est un animal extrêmement cinégénique) que de la relation que la mère tisse avec : le glauque vient de l'humain et c'est peut être encore plus effrayant.
Et ça dure, ça dure, le film garde jusqu'au dernier quart du film cette esthétique de drame avec ces longues scènes presque naturalistes où l'ont voit la famille dans son quotidien, avec des discussions banales, des personnages qui arrivent pour une scène et qu'on ne revoit jamais etc.. Bref cette famille vit, elle nous est réelle et tangible, et voir ce quotidien se poursuivre si longtemps quand nous, spectateurs, avons accès aux éléments dérangeants évoqués précédemment, nous plonge dans un malaise permanent. On attend que la situation se débloque, que les personnages se rendent compte de la menace, chaque scène où la mère va plus loin dans son délire on se dit « c'est maintenant » et que la situation va évoluer pour progressivement aller aux climax comme dans la pléthore de film de genre qui compose notre imaginaire. Mais non, le film ne nous donne pas ce qu'on attend et c'est magnifique, d'ailleurs le ton est donné dès le début, quand la fille regarde son petit frère pendant son entraînement de foot : elle entend des bruits de sauterelles, a l'air perturbée, une musique menaçante se lance en fond, elle se retourne et la caméra cut sur ce qu'elle regarde derrière où elle se rend compte que d'autres jeunes imitent le bruit des insectes pour se moquer du travail de sa mère. Avec ce procédé certes classique mais se déroulant dès les premières minutes, le film nous annonce qu'il va jouer avec nos attentes pour nous plonger dans un déroulement inconnu, et ce n'est qu'à la toute fin que la bascule arrive et Phillippot gère très bien cette transition où sur les quinze dernières minutes le découpage devient plus dynamique et transforme tout le malaise accumulé en un vrai bon moment de tension pour nous donner enfin le final tant attendu.

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