Malédiction !

Avis sur La Nuit du Loup-Garou

Avatar Wykydtron IV
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La nuit du loup-garou, encore une traduction de titre fantaisiste, comme d'habitude, pour ce film qui est le premier que la Hammer a fait sur le personnage du loup-garou, après avoir repris Dracula et Frankenstein à Universal. En fait, c'est même le seul, comme je viens de le voir sur IMDb, alors que je pensais qu'il y en avait plusieurs.
Je suis pas fan du film avec Lon Chaney, ni des loups-garous en général, mais rien que pour ce que je viens d'exposer, ce film m'intéressait, quoique je n'étais pas bien pressé de le voir.
Mais le hasard a voulu que je tombe sur le DVD français.

Le film s'ouvre par un générique qui s'affiche par-dessus un très gros plan qui fait son effet : c'est un long plan sur deux yeux de loup-garou aux veines rougies qui restent grands ouverts, se contentant de se diriger vers la gauche ou la droite de temps à autre, et desquels coulent quelques larmes.
Je suis sûr que l'acteur a eu mal aux yeux. Mais ça en impose assez.
Comme l'indique le générique, le film est basé sur le roman The werewolf of Paris. Pourtant le film se déroule en Espagne. Ce qui veut dire que les personnages parlent tous anglais, mais que certains ont un faux accent hispanique, et que régulièrement ils placent des "senor" dans leurs phrases. Enfin bon, je peux pas en vouloir à un film des 60's de céder à de tels clichés. De nos jours ce serait plus grave.
Bon, quand même, il se présente pas trop mal, ce Nuit du loup-garou. J'ai aimé, vers le début du film, le fait que les villageois doivent "se réjouir selon l'ordre du marquis", celui-ci fêtant son mariage, payé avec l'argent du peuple justement. C'est le genre de détail qui donne une forme de véracité historique à un film qui se déroule à une autre époque.
Ce marquis, une fois qu'on le voit par contre, nous est aussi désagréable qu'il doit l'être aux pauvres travailleurs. C'est un asshole massif, qui se moque de ses cuisiniers et est soutenu par des lèche-culs qui rigolent avec lui. Arrive chez lui un mendiant dont il se moque, ça dure, et ça m'a été hautement déplaisant.
Le mendiant finit aux geôles, où il est oublié, même si je ne sais pas trop comment c'est possible. Le marquis est-il au courant qu'il a chez lui un geôlier accompagné de sa fille ? Ne se demande-t-il pas pourquoi ils apportent de la nourriture aux sous-sols ?
Après une ellipse de plusieurs décennies, on assiste à la rencontre entre le marquis et la fille du geôlier. Oui, il semblerait qu'ils ne se seraient jamais rencontrés, alors que d'enfant elle est passée au statut d'adulte. On dirait qu'un jour, comme ça, alors qu'elle sort des geôles, comme à son habitude je suppose, le marquis est simplement là, et il lui demande son nom alors qu'elle est muette. Tout ça me paraît absurde.
Entretemps, le marquis est devenu un vieux veuf solitaire délaissé par ses amis, ce qui veut forcément dire qu'il est devenu moche et couvert de verrues (bah oui, c'est évident). Et ils ont un peu abusé au niveau du maquillage, hein...

Toujours dans la section maquillage, il y a un moment où la fille du geôlier (je suis obligé de dire ça, elle ne peut pas dire son nom, ce qui vraisemblablement veut dire pour le scénariste qu'elle n'a pas de nom) a des traces de rouge à lèvres qu'on veut faire passer pour des cicatrices. Sur ses seins, c'est ça qui est marrant. C'est après qu'elle ait été mise en cellule avec le vieux mendiant qui est là depuis des lustres ; on se demande ce qui s'est passé entre eux.
Le maquillage de loup-garou lors de la transformation finale est bien sympa par contre, mais faudra attendre longtemps. Avant, on n'a droit qu'à quelques touffes de poils collées grossièrement sur le personnage principal. Le plus rigolo, c'est quand on les voit la première fois, quand le héros, gamin, retourne son bras pour les révéler, juste après avoir parlé de ses cauchemars où il se voit être un loup. Il ne se questionne pas sur ses poussées soudaines de poils, et ne semble même pas trouver ça bizarre.

Terence Fisher (Horror of Dracula, The curse of Frankenstein) est un réalisateur renommé de la Hammer dont on vante souvent les mérites, mais dans La nuit du loup-garou s'entremêlent bonnes idées qui induisent un certain respect, mais d'autres plus nombreuses qui sont juste risibles.
Ce que j'ai aimé, c'est la scène du baptême avec ses phénomènes étranges. Rien que le fait que la lumière faiblisse par la fenêtre est pas mal. Il y a aussi un effet spécial avec l'eau bénite qui bouge, je ne sais pas comment ça a été fait.
Le scénariste a aussi pensé au fait qu'un animal doive avoir bu du sang une première fois pour y prendre goût, et ici il y a une anecdote de chasse vraiment pas mal pour justifier que le héros ait trempé ses lèvres dans du sang. C'est un ajout bien pensé à la mythologie du loup-garou, ce dernier étant en général attiré par la chair par simple instinct.
Voilà, c'est à peu près tout qui est bien.
Dans ce film, pas de morsure qui transforme en monstre. Non, le loup-garou est juste l'enfant bâtard d'une femme muette et d'un mendiant très poilu. Sans blague.
Aux autres modifications nazes du mythe : le fait que l'amour soit le seul remède. J'ai éclaté de rire.
Sinon, ce qui m'a amusé, c'est qu'on peut voir la lycanthropie comme une métaphore de la gueule de bois dans ce film : on va dans un bar, on boit un peu et la bête se déchaîne, on fait n'importe quoi et le lendemain on se réveille sans savoir comment on s'est retrouvé chez soit ni ce qu'on a fait la veille.
Léon se retrouve dans son lit, du sang sur les mains, et voit que les barreaux de sa fenêtre ont été arrachés. Ce qui craint, c'est que le trou laissé par les barreaux ne devrait pas permettre à un humain ou même un loup de passer... comment peut-on passer à côté de détails pareils quand on fait un film ? Dans le même genre : le loup-garou, plus tard, qui atterrit sur un balcon, et fait clairement bouger les barreaux, qui doivent manifestement être factices, pour le décor.

Enfin, il y a des trucs que je ne comprends pas dans ce film. Quand Léon est sur le point de se transformer, il flirte avec une femme, l'embrasse sur la poitrine mais laisse une marque rouge de sang. Elle s'en va et dit "Si tu es venu pour ça, tu te trompes". Hein, de quoi elle parle, qu'est-ce qu'elle veut dire, à quoi elle fait allusion, je comprends pas !?
Je ne saisis pas non plus l'utilité de la voix-off, qui aide à faire passer quelques grosses ellipses temporelles, quoiqu'un metteur en scène devrait savoir faire ça en se dispensant d'un narrateur, mais la plupart du temps le commentaire ne fait que dire ce qu'on peut déjà voir à l'image.
Bon, sur la fin, le film commençait à devenir ennuyeux, mais étonnamment, malgré tout ce qu'il y a à critiquer, ça ne paraît pas si long que ça.
Tous les films de la Hammer que j'ai vu ont pris un coup de vieux, mais par contre La nuit du loup-garou ne peut être excusé pour ses nombreux défauts.
En plus Oliver Reed joue mal. Il s'efforce de trembler tout le temps pour évoquer une fragilité du personnage, sous pression, mais je n'y croyais pas.

PS : Evitez de faire naître votre enfant le 25 décembre, surtout si c'est un bâtard, sinon le Seigneur sera pas content. C'est une espagnole superstitieuse qui le dit. Apparemment on peut pas se la faire aux mois de mars et d'avril.

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