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La Passion de Jeanne d'Arc par limma

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Jeanne d'Arc est un personnage marquant de l'histoire de la Chrétienté alimentant les fantasmes et un certain nombre de récits. Nous connaissons cette figure, ses batailles et son sacrifice ultime, mais le film de Dreyer prend une dimension particulière en évitant la reconstitution historique mais également par le fait qu'il fut tourné quelques années après la canonisation de Jeanne ; par le thème récurrent qui semble habiter le cinéaste à confronter une Foi vraie à une Foi dénaturée, Jeanne trouve alors matière à nourrir son œuvre. Et par l'utilisation de documents historiques officiels de son procès.

Dans chacun de ses films, le réalisateur propose un style différent, jouant d'effets parfois étonnants. Que ce soit les percées lumineuses dans Jour de Colère, les saillies humoristiques dans Ordet ici ce sera son choix musical particulier et électrique, presque insupportable par instants.Mais aussi deux scènes marquantes. Celle de la salle de torture frisant l'envolée fantastique et celle du final, passant de la violence jusque-là, sourde, à la violence frontale, pour une vision apocalyptique d'un corps en flamme, et d'une révolte tardive d'un peuple. Dreyer encore une fois se montre implacable face à une Eglise, qui ne montre qu'une volonté délétère face à ses adversaires.

Par le choix du muet Dreyer laisse libre cours à un travail fabuleux de langage non verbal accentuant l'aspect théâtral. Le cinéaste saisi si bien les expressions, qu'elles remplacent aisément le verbe, et les intertitres seraient presque inutiles. On y retrouve le thème de l'intolérance de Jour de Colère et la force émotionnelle dégagée par Anna Svierkier lors de son interrogatoire, rejoint la performance de Renée Falconetti.
Dreyer choisit de resserrer son histoire sur le seul procès, et occulte le caractère guerrier de Jeanne, pour en livrer le portrait d'une simple croyante, innocente et soumise à la haine de son jury. Silence et réponses de Jeanne aux questions stupides et manipulatrices, pour un dialogue de sourds entre deux mondes. Celui de la Foi ultime de Jeanne et celui de l'Eglise face à ses propres contradictions, rigide et peu encline à l'amour de son prochain, nous rappelle Johannès, le fils devenu fou dans Ordet, qui s'interrogeait à bon escient sur le peu de croyance...des croyants.

Mettant en valeur le caractère austère des décors, épurés à l'extrême et à la blancheur éclatante, ou les éclairages sublimant la beauté brute de l'actrice, la mise en scène, travaillée, répond aux tourments de Jeanne par le jeu subtil de l'actrice. Renée Falconetti retranscrit toute la souffrance de cette jeune fille, auréolée d'une Foi qui ne souffre aucune tiédeur, confiante dans sa mission, et dans ses juges... Gros plans multiples sur le visage de Jeanne et sur ceux grimaçants des juges, de champs contre-champs isolant Jeanne de ses bourreaux, ou en contre-plongées la plaçant comme absente, chaque scène marque la douleur et l'incompréhension, et prend à la gorge nombre de fois. Jeanne est seule, soumise aux moqueries et aux éructations de ceux qui la jugent, le visage tourné vers le ciel, le regard intense de résignation ou de peur et qui trouve son apogée dans la scène finale de mise à mort.

Un bien bel exercice, bis.

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