Le feu sacré

Avis sur La Passion de Jeanne d'Arc

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  1. Jeanne d'Arc est jugée pour hérésie par un groupe d’ecclésiastiques, sommée d'abjurer ses prétendues visions divines et, devant son refus, condamnée au bûcher.
    Carl Theodor Dreyer, fasciné depuis toujours par le mysticisme, décide dès le début des années 20 de porter cette tragédie à l'écran. Devant l'incapacité technique des studios français de tourner un film parlant, Dreyer doit se résigner et propose un film muet.
    Jamais nous ne pourrons être aussi heureux d'avoir été à la traîne concernant le progrès tant l’œuvre proposée par le réalisateur danois est purement magistrale telle qu'elle est.

Le triomphe de la sobriété
Le film est un exemple de minimalisme, de simplicité, tant dans les décors que dans la mise en scène. Offrant ainsi un réalisme saisissant, on perçoit très vite que le propos du réalisateur n'est pas dans l'Histoire elle-même, mais se situe à un niveau supérieur, le triomphe de l'âme sur le corps par le martyre et plus encore, la véritable croyance, le lien direct avec Dieu.
Tourné alors que Jeanne d'Arc a été canonisée depuis quelques années (1924), la volonté de Dreyer d'en faire déjà une Sainte transperce l'écran : Jeanne est en permanence visage levé, regardant ses accusateurs d'en bas, tandis qu'eux sont systématiquement présentés en contre-plongée, hurlant, humiliant, ânonnant, le visage déformé par la colère.
De même, Jeanne ne partage jamais l'écran avec ses juges, dans une volonté de préserver sa pureté et ce qu'elle incarne. Les rares privilégiés autorisés à apparaître à ses côtés sont les prêtres, conscients que cette femme incarne la dévotion ultime, pure et sincère et qui tentent, en vain, de prendre sa défense.

Renée Falconetti embrase l'écran.
Jeanne était un nom, elle est désormais un visage. Renée Falconetti est ce visage, celui de la Foi, la Véritable. La mise à nu complète de ces traits exprimant, de façon stupéfiante, l'incompréhension, la peur, l'épuisement ou la résignation, saisit au cœur et il est difficile de l'oublier, sublime et sublimé par un éclairage constant, symbole d'une lumière Divine bienveillante, mais impuissante, sur le moment, à la préserver de la folie furieuse d'hommes fourvoyés, qui L'ont oublié.
La comédienne est merveilleuse de beauté et livre une interprétation sensationnelle, ancrée dans le temps et dans les mémoires.

Le feu et la glace
Élément important de tout film, la musique joue ici un rôle prépondérant. Si beaucoup se sont essayés à l'accompagnement de ce chef d’œuvre (Nick Cave ou Cat Power, entre autres), le groupe Joan of Arc offre une partition frisant la perfection.
Essentiellement à base de guitares électriques, la froideur métallique de ces instruments retranscrivent au mieux l'horreur de ces instants vécus par la jeune fille et contribuent à nous glacer le sang devant le harcèlement subi, jusqu'à cette effroyable mise à mort.

Basée sur un des plus tragiques épisodes de notre Histoire, la Jeanne de Dreyer, divine et envoûtante, happe véritablement le cœur et l'âme.
Et pour être certaine que vous ne passerez pas à côté de cette merveille, je vous offre le lien youtube de cette incroyable version, à voir, à revoir, à savourer.
https://www.youtube.com/watch?v=CxJSGMK9yRE
Vous n'aurez même pas l'excuse de dire que vous ne l'avez pas trouvée ou que vous n'avez pas le temps de chercher.
Ne me remerciez pas et croyez bien que tout le plaisir est pour moi, avant d'être bientôt le vôtre.

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