Les derniers jours d'une condamnée

Avis sur La Passion de Jeanne d'Arc

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Je ne connaissais Dreyer que via son film Vampyr qui ne m’avait pas follement passionné mais qui était d’une puissance formelle vraiment incroyable. Malheureusement je dois dire, il en va de même pour La Passion de Jeanne d’Arc alors que j’espérais vivement être terrassé par ce film. Pourtant une nouvelle fois encore, sur un plan purement artistique, c’est génial. Tourné presque à la manière d’un film parlant, la forme est d’un dynamisme assez hallucinant pour un muet notamment au niveau du découpage qui crée un rythme remarquable. Le caméra est majoritairement à proximité des personnages, ce qui resserre l’action à l’extrême et confère au film ce caractère oppressant. Oppressant car le cadre est étroit mais aussi car le film parle du procès d’une femme dont la condamnation a déjà été actée depuis belle lurette. Et on ne parle pas du mythe Jeanne d’Arc ici. On parle bel et bien de Jeanne, la femme, avec ses émotions, son angoisse, sa détresse…

Le film aborde ainsi frontalement l’épreuve ressentie face à une mort certaine dont l’issue inéluctable se rapproche de minute en minute. Le passé glorieux de cette femme semble être si éloigné à mesure que la fatalité prend le pas sur les actes antérieurs. Celle qui était une chef guerrière inespérée est devenue un être fragile, très vulnérable. Et c’est aussi un film sur la foi, sur la manière dont elle empêche une personne de basculer dans la folie. J’ai beau être athée, je trouve que cette illustration est d’une beauté saisissante. Car si une extrême souffrance est perceptible, il subsiste toujours cette étincelle, cette petite dose d’espoir malgré une fin inévitable. On connaît tous celle-ci d’ailleurs et la représentation qu’en fait Dreyer est d’une force visuelle remarquable d’intensité, la conclusion parfaite d’une lente mise à mort.

Je pouvais être véritablement élogieux et totalement adorer le film. Mais je dois dire que l’une des principales qualités du film peut finalement très vite se retourner en faiblesse. Et pour ma part, je n’ai tout simplement pas accroché à l’actrice principale Renée Falconetti. Son jeu est très maniéré. Trop maniéré. Je dois avouer qu’au bout de son dixième regard en l’air avec les yeux vitreux j’en avais assez. Et le fait d’être convaincu par l’actrice m’aurait vraiment impliqué émotionnellement mais là ce n’est pas possible. Histoire de citer l’un des fameux reproches formulés par Bresson, j’ai eu l’impression de voir des pitreries. Me voilà donc particulièrement frustré parce qu’un seul défaut, et vraiment un seul mais de taille, m’a finalement empêché d’être pleinement conquis par le film.

Car il y avait tout pour me plaire. Une mise en scène remarquable d’ingéniosité et d’intelligence avec ce cadre resserré et dynamique. Dreyer nous offre d’ailleurs des plans impressionnants notamment sur la fin, sans compter cette photographie à tomber. L’aspect très austère du film dans ces décors aussi épurés que perturbants m’a également beaucoup plu puisque ça faisait la part belle aux personnages. Mais voilà, il y a ce surjeu de Falconetti qui ne m’émeut pas et m’a sorti d’un film dont je comprends (et partage) la majorité des louanges. Me voilà donc bien déçu malgré le fait que j’ai tout de même vécu une belle expérience de cinéma avec cette oeuvre qui reste l’une des représentations cinématographiques les plus réussies de la cruauté humaine. J’attends cependant beaucoup plus de la version de Bresson.

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    Les statistiques l'attestent, je vois de moins en moins de films... Mais cette année sera une année de reprise, je veux faire...

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