Nanar sadique prétentieux et réac'

Avis sur La Passion du Christ

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Bon, on va zapper vite fait sur le synopsis, y a rien à spoiler.

D'emblée, signalons de louables efforts de reconstitution (jusqu'à la linguistique, puisqu'on y parle araméen et latin), et un Jésus aux traits méditerranéens. C'est tout de même plus réaliste que l'habituel blond aux yeux bleus que l'ont imagine plus volontiers porter le Feldgrau d'un SS-Obersturmbahnführer.
Au-delà de ça, la direction d'acteur y est curieuse, ce Jésus ne m'ayant jamais paru humain d'une façon ou d'une autre. J'ai surtout eu l'impression d'être face à un prototype d'androïde de psychothérapie. Le casting vient buter sur les choix disponibles, et entre le traits helléniques de Caviezel et ceux, clairement italiens, de Monica Belluci, on a du mal à se croire plus en Judée que sur l'Adriatique. De toutes façons, ni Jésus, ni Marie ni aucun des membres de la team ne m'a paru jouer avec naturel, comme si Tonton Mel avait voulu en faire des êtres d'un autre monde. Pourquoi pas, mais, dans ce cas, qu'on ne me demande pas d'adhérer ou de m'y intéresser!

Lorsqu'à mi-parcours, c'est le vrai déchaînement sadique, appuyant lourdement jusqu'au malaise sur les sévices infligés au leader palestinien, ce dernier semble se muer en un véritable robot habité par une mission ultime : endurer et porter sa souffrance jusqu'au dernier des extrêmes. Sans doute pour se prouver des trucs, ou trouver des petits gâteaux sucrés à son arrivée au Paradis. En fait, les vagues traces d'humanité qu'on décelait en lui au début du film disparaissent, car le personnage se réduit à son calvaire, un calvaire presque dénué de portée puisque dénué de sens, ou, en tout cas, de sens clairement formulé. Un esprit plus indulgent et créatif y aurait vu les germes du sado-masochisme et d'un fétichisme déviant, je n'y ai vu que l'obstination d'un sale gosse qui veut se montrer à la hauteur du père qu'il n'a jamais connu et qu'il fantasme depuis 33 barreaux.

Toujours dans le registre de l'écriture, les juifs ne sont pas épargnés: lâches, magouilleurs, affairistes, Tonton Mel invoque une belle grappe de stéréotypes antisémites, pendant que Satan (au final, le seul véritable personnage intéressant du film) prend les traits d'une femme auréolée d'un érotisme trouble. Plus que de la misogynie, j'y ai vu aussi la condamnation des amours terrestres, l'érotisme étant ainsi présenté comme propriété, voire substance du Mal.

Donc, casting, écriture, choix de mise en scène, tout tape à côté. Mel semble vouloir donner des allures réalistes à une histoire surnaturelle, mais cède à la tentation du traficotage, à son goût pour le sang et les chairs meurtries, et à la facilité clichetonneuse. Il y avait moyen de faire un gros bis décomplexé, foutraque et vraiment gore, mais il n'a fait que mettre en lumière ce que cet épisode biblique a de plus mortifère.

Je crois que je vais me refaire Hostel avant d'enchaîner sur La vie de Brian.

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