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La Pianiste par Gérard_Rocher

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Erika, la quarantaine est professeur de piano au conservatoire de Vienne. Sa vie de femme se limite à son métier et aux quatre murs de l'appartement qu'elle partage avec sa mère. En manque d'amour, Erika en est réduite à fréquenter les peep-shows, afin de s'adonner à l'une de ses passions, le voyeurisme. Surveillée et espionnée par une mère abusive et omniprésente, Erika s'adonne également à l'automutilation, se taillade le sexe dans sa salle de bain, moyen à elle de compenser à sa manière son manque de relations amoureuses qui agit sur sa personne comme une névrose. Un beau jour Walter, un jeune élève pianiste va débarquer au conservatoire et tomber amoureux d'Erika. A partir de ce moment, une relation sadomasochiste va s'établir entre eux pour le meilleur mais aussi pour le pire.

Voici une bouleversante tragédie sur le problème très sensible d'une femme de quarante ans sentant la jeunesse lui échapper sans avoir pu assouvir sa vie affective. Michael Haneke a offert à ses interprètes des rôles qui pour eux resteront mémorables. Certains acteurs en ont d'ailleurs ressenti les effets à la fin du tournage. Les scènes sont d'un réalisme énorme, elles font ressortir avec justesse le climat sordide de la situation. Les acteurs interprètent leur rôle avec une passion infinie afin de rendre crédibles leurs personnages ambigus. Ils y réussissent pleinement. Certains passages en plus d'être dramatiques sont pathétiques. Les relations d'Erika avec son entourage et notamment avec sa mère qu'elle culpabilise, amènent des scènes troublantes et terribles entre fille et mère. Erika est perdue, elle vit un enfer, elle ne croit plus en rien et surtout pas à l'amour, elle se croit persécutée par la terre entière. Elle se renferme dans sa misère psychique et ne cesse de se croire trahie par tous, même par Walter, éperdument amoureux. Sa vie consacrée à la musique, en fait son seul amour, est sans issue. Magnifique analyse du metteur en scène qui réalise là son film le plus fort et certainement l'un des plus réaliste et troublants de l'histoire du cinéma.

Il faut absolument, en plus de Mickael Haneke, rendre un énorme hommage à Isabelle Huppert, Benoit Magimel et Annie Girardot pour tout ce qu'ils ont pu donner jusqu'au fond de leur être afin de rendre crédible leur personnage dans ce délicat sujet. Les oeuvres pianistiques qui bercent notre oreille tout au long de ce film sont merveilleuses et envoûtantes. Elles sont l'un des grands éléments de cette histoire, un complément indispensable à cette oeuvre en lui donnant une intensité dramatique supplémentaire. Ce film est dur, très dur. Il faut avoir le courage de s'y installer, ensuite nous sommes pétrifiés et remplis d'émotion et de compassion. Pour moi, c'est l'un de mes souvenirs cinématographiques les plus marquants. Un véritable chef d'oeuvre.

Ce film a obtenu un double prix d'interprétation au Festival de Cannes pour Isabelle Huppert et Benoît Magimel.

Un César a également été décerné à Annie Girardo pour son interprétation.

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