Silence, Sex and Sun.

Avis sur La Piscine

Avatar Lyusan
Critique publiée par le

La Piscine est sans doute le film qui met le plus en valeur le lieu que son titre désigne.

Tous les éléments thématiques qui en sont afférents y sont présents mais aussi remarquablement sublimés.
Le désir et la sensualité d'abord, à travers des scènes d'un charme certain comme celle de la branche, très démonstrative des paradoxes inhérents aux besoins des personnages, ici de Jean-Paul (Delon) et Marianne (Romy Schneider) dont on sent la relation amoureuse s'essouffler en profondeur tandis qu'ils se livrent à leurs désirs, prisonniers des apparences et des non-dits. On notera aussi la scène de séduction entre Harry (Maurine Ronet) et Marianne aux deux tiers du métrage, où la tension sexuelle est parfaitement distillée et d'une grande efficacité.

La violence meurtrière ensuite, qui va constituer un climax parfait pour le film, dans une scène qui ressemble passablement à de la torture, et qui se retrouve tant étirée sur la longueur qu'elle en devient étonnamment jouissive et d'un plaisir tel que j'en ai même ri par instants. En tous les cas, le film a si bien réussi à me procurer de l'antipathie pour la victime que j'en suis venu au point où sa mort, au-delà de toute la cruauté qui est employée dans l'ouvrage, me semblait une chose splendide.

Enfin, la pesanteur de l'atmosphère procure, une fois le cadre complètement installé, une excellente immersion dans un film où la plupart des mots ne sont que des mensonges dissimulés faits pour entretenir des rapports sociaux complètement factices (ce qui concerne même la relation père-fille entre Harry et Penelope (Jane Birkin)). Car finalement, ce qui m'a le plus saisi, au-delà de l'atmosphère, des thématiques abordées ou même du jeu des acteurs qui étaient bien évidemment tous très bons et à l'aise dans leurs rôles, c'est le rôle du silence dans le film.

En vérité, pour être parfaitement honnête, c'est surtout le jeu de Delon et en particulier sa gestuelle silencieuse qui s'est révélée impressionnante. Je ne sais pas exactement comment il a réussi cet exploit mais c'est bien davantage dans son mutisme récurrent que j'arrivais à la fois à comprendre la pensée du personnage, nettement plus humain et authentique que le reste de la galerie, mais aussi à m'identifier à lui.
J'ai véritablement eu le sentiment d'une connexion immédiate avec Jean-Paul, qui paraît nettement plus avisé que les autres, dès le tout début déjà, où il nous paraît extrêmement passif, esclave de son désir seul, et où il semble comprendre immédiatement que l'arrivée de Harry et sa fille va tous les conduire irrémédiablement à un drame.

On a l'impression qu'il tente constamment de s'échapper de cette atmosphère de non-dits et de mensonges, à travers ses regards fixes comme aux aguets, ou encore ces nombreux moments où il se contente de profiter du soleil en fermant les yeux, pour ne plus voir Marianne et Harry, pour, semble-t-il, s'efforcer de tout oublier l'espace d'un instant. On remarquera un comportement similaire chez Pénélope, très nettement le personnage qui s'en rapproche le plus dans ses retranchements en matière de comportement, tant elle a son compte de "secrets" à porter sur son père, jusqu'au moment où elle pourra les révéler à Jean-Paul.
Harry se situe bien sûr, avec Marianne dans une mesure moins importante, aux antipodes de Jean-Paul, se montrant très superflu, bavard, et bien entendu sociable, mais aussi bien menteur, trompeur et premier des hypocrites.

Le film nous permet aussi d'explorer encore un peu plus loin le motif de piscine au cinéma, ici véritablement comme lieu de "péché" de manière générale, puisqu'on peut remarquer d'une part qu'il sert proprement de cadre à la violence meurtrière - encore beaucoup plus qu'il ne le sera dans le Swimming Pool d'Ozon par exemple - et d'autre part que ce sont toujours les mêmes personnages qui se baignent à l'intérieur (Marianne et Harry) alors que Jean-Paul et Pénélope dédaigneront la piscine pour aller se baigner exclusivement, en hors-champ, dans la mer Méditerranée, comme si l'endroit était lui-même dès le départ symbole de luxure et d'impureté.

Ce n'est pas donc pas peu dire que d'affirmer que La Piscine fait preuve d'une atmosphère tant éprouvante qu'efficace au point parfois de faire vaciller notre sens moral presque rien que grâce à la justesse parfaite du jeu de Delon.
On notera également au passage une bande originale très légère et sobre, qui fait bien écho à la mascarade sociale qui se joue durant les trois quarts de l'oeuvre.
Définitivement une des meilleures productions que le cinéma français nous ait offert.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 1012 fois
12 apprécient

Lyusan a ajouté ce film à 2 listes La Piscine

  • Sondage Films
    Cover Les meilleurs films français

    Les meilleurs films français

    Avec : Naissance des pieuvres, La Piscine, Le Bonheur, Wrong,

  • Films
    Cover Top 47

    Top 47

    Avec : Gummo, Shining, Point Break - Extrême limite, The End of Evangelion,

Autres actions de Lyusan La Piscine