On aurait tous envie d'être aussi beaux...

Avis sur La Piscine

Avatar Thomas Edouard
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C'est autour de La Piscine qu'Alain Delon, Romy Schneider, Maurice Ronet et Jane Birkin se détectent, se séduisent, s'apprivoisent, se tourne les doigts et les sangs. La caméra de Jacques Deray, dans ce film unique de 1969, fait des merveilles. Elle capte les moindres mouvements, les moindres soupçons, ruminations intérieures, émotions férocement dissimulées de ces quatre personnages dont le sort est scellé par cette Piscine, juste resplendissante et éblouissante par son apparence. Si La Piscine entretient un célèbre pouvoir d'attraction c'est d'abord parce qu'Alain Delon et Romy Schneider ouvrent la partie dans une étreinte sensuelle sauvage, discrète et rugissante où les deux interprètes ressemblent aux deux plus royaux animaux du monde. Ils nous font miroiter l'image d'un amour harmonieux et fusionnel avant que le voile de cette inertie estivale et trop parfaite ne tombe pour que le visage de la jalousie ne fasse progressivement son entrée. Dans La Piscine, la monotonie s'avère silencieusement destructrice puisque la progression dramatique est nourrie par ce sentiment dérangeant d'envie, de dépit et de rivalité. Le personnage d'Alain Delon est, peut-être même plus que celui de Maurice Ronet, le véritable oiseau de mauvais augure car avant de ne répondre que par son indolence et sa nonchalance, Jean-Paul Le Roy semble souffrir d'une vacuité envahissante qui le pousse à faire l'expérience de sa propre mal être à travers la scène du meurtre (un punition discutable car sans faute commise ni justification concrète si ce ne sont les forces contradictoires qui traversent l'esprit de Le Roy à ce moment précis). Romy Schneider resplendit de mille feux, offre le meilleur de son charme et de son intensité d'actrice devant une Jane Birkin d'une présence céleste délicieuse, à la beauté et au comportement irréprochable mais jamais vraiment crédule. Là où le film de Deray est réellement marquant c'est qu'il laisse autant place au souvenir d'un lieu où on aurait tous voulu être aussi beaux et resplendissant que Delon et Schneider mais aussi au souvenir d'une lumière se dégradant intérieurement devant le spectateur et s'irradiant pour éradiquer la vision idéalisée de ce lieu sur les hauteurs de St-Tropez où la passivité était pourtant princière. Il est largement normal de ressortir du visionnage de La Piscine en ayant fait une fixation.

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