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Le film de SF de l'année 1968 (f*ck you 2001)

Ce film, c'est tout d'abord, une ambiance particulière. Pendant l'expédition, l'équipage apparaît comme un grain de sable cosmique par rapport aux paysages millénaires tournés dans la Death Valley et au mouvement infini des marées. Taylor, notre personnage principal, le ressent : « Space is boundless. It squashes a man's ego. I feel lonely ». Cette scène d'exploration dure bien 30 minutes et elle introduit magistralement le propos de la petitesse de l'homme face à l'univers, alors qu'elle est quasi-absente du remake Burtonien.

Ce film, c'est surtout un personnage : Taylor (Charlton Heston), un homme cynique et misanthrope qui, ironiquement, va devenir l'ultime défenseur de l'espèce humaine. Astronaute aux idées noires, Taylor aime se propulser dans l'espace dans l'espoir de découvrir un être plus appréciable que l'homme. Projeté dans un espace-temps futur, en l'année 3978, Taylor – se demandant si l'homme « that glorious paradox » continue toujours à semer la terreur – prend du recul et critique la géopolitique mondiale chaotique des années de la sortie du film (60's). Lorsque l'un de ses membres d'équipage plante un drapeau américain, il ne peut s’empêcher d'éclater de rire comme pour se moquer des ambitions impériales américaines qui finissent souvent à la catastrophe comme au Vietnam. Mais, Taylor, malgré le dégoût que lui inspire ses semblables, est aussi représentatif de l'espèce qu'il déteste : prétentieux, à peine arrivé sur cette planète inconnue, il rassure ses camarades en s'exclamant que si cette planète ne connaît pas une espèce « meilleure que l'homme », ils la dirigeront en « six mois ».

La culture des singes n'est qu'une réflexion de notre culture humaine, réflexion crédible grâce à la création de singes aux personnalités complexes (Cornelius, Zira, Zaius...) ; ce ne sont pas les singes destructeurs et bourrins qui peuplent le remake Burtonien de 2001. La société des singes est hiérarchisée : on trouve la caste guerrière des gorilles, la classe moyenne relativement éduquée des chimpanzés et l'élite politico-religieuse représentée par les orangs-outans. La cité des singes est donc une théocratie à la manière de l'Iran et de son « guide suprême », l'ayatollah. Ici, le chef des singes est l'orang-outan Dr.Zaius, proclamé défenseur de la foi et homme de science. Il déclare notamment qu'il n'y a aucune contradiction entre la foi et la science. Bien sûr, ce n'est pas le système des singes critiqué ici, mais le notre, surtout pendant des 60's où le créationnisme était toujours la seule théorie d'explication de l'univers exposée dans certaines écoles américaines.

La science du Dr.Zaius semble s’arrêter là où les Écritures saintes du « Lawgiver » se terminent. Mais le Dr.Zaius sait tout sur la planète, l'homme et ses technologies. Il déteste, lobotomise les humains tout en ayant des raisons valables pour le faire. Cependant, en dirigeant pragmatique, il croit fermement que révéler ce passé aux autres singes pourrait déstabiliser la société des singes et la conduire vers une chute imminente. En effet, il préfère bloquer l'avancée de la science et l'accès à la Zone Interdite – pour empêcher le singe de découvrir les potentialités auto-destructrices de la science autrefois supérieure des humains – plutôt que de révéler la vérité. Schaffner, en s'inspirant de Pierre Boulle, démonte à la fois la science (dangereuse, auto-destructrice) et la religion (qui sert uniquement à maintenir l'ordre établi pour éviter que la situation ne dégénère).

Le twist final fout littéralement un coup de poing dans l'estomac, magistralement filmé par Schaffner avec une caméra qui pivote lentement, dans le silence implacable des vagues qui s'écrasent sur le rivage.

SPOILER SOUS ENTENDU, DANGER DE MORT (ou plutôt comment niquer votre twist final) :
Pour conclure cette critique de la science et de l'homme, je vais laisser la parole à René Barjavel dans Ravage qui trouve les mots justes pour résumer l'esprit du film : « Tout cela […] est de notre faute. Les hommes ont libéré les forces terribles que la nature tenait enfermées avec précaution. Ils ont cru s'en rendre maîtres. Ils ont nommé cela le Progrès. C'est un progrès accéléré vers la mort. Ils emploient pendant quelque temps ces forces pour construire, puis un beau jour, parce que les hommes sont des hommes, c'est à dire des êtres chez qui le mal domine le bien, parce que le progrès moral de ces hommes est loin d'avoir été aussi rapide que le progrès de leur science, ils tournent celle-ci vers la destruction »

OG_LOC
10
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