Jean Claude Dusse, Kurtz, Brassens, Sturge et Moïse : qui dit mieux ?

Avis sur La Planète des singes : Suprématie

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Une petite critique pour conclure une trilogie qui avait un gros potentiel de fail. Cette préquelle avait de quoi faire peur. La Planète des singes c’est tout de même un roman culte, une série de films cultes, quelque chose que je n’avais pas envie de voir gâcher par une approche purement mercantiliste. Un peu comme si j’entendais parler d’un remake de Zardoz, de Ben Hur ou des 10 Commandements. Il y a des choses qu’on ne doit pas toucher si c’est pour faire pire.

Les deux précédents opus m’avaient vraiment donné du plaisir. Les effets spéciaux y étaient pour beaucoup mais, aussi, surtout, ce personnage de César, magnifique de contradiction. Les scénarios s’en sortaient honorablement et j’avais passé deux bons moments.

Alors que le rideau s’est tiré sur cette conclusion, hier soir, je demeure perplexe. Ai-je passé un bon moment ? Je sors de Inferno et de Ghost in the Shell, le remake qu’il ne fallait pas faire. Assurément j’ai passé un meilleur moment avec les singes. Cet étrange sentiment d’être pris pour un idiot s’est-elle estompée ? Non, pas vraiment.

Je ne reviendrai pas sur le point fort du film : les effets spéciaux. Personne ne viendra arguer qu’ils plombent le film ; au contraire même, ils le porte. Et c’est bien là que le bas blesse. Attention, nous allons passer en mode SPOILS MASSIFS.

Matt Reeves semble avoir longtemps hésité entre une approche intimiste du point de vue des singes, travaillant parfois lourdement l’émotion, et une envie de bourrinage absolu après avoir revu l’Empire Contre Attaque et la Menace Fantôme. La meilleure scène ? La joute verbale, enfin plutôt le quasi monologue du toujours impeccable W.Harrelson alias « Colonel » (Kurtz ...). Franchement, c’était très bon. Les séquences avec cette pauvre Nova sont aussi intéressantes, tout comme le sont les rêves de César et les visions de Koba. Le problème c’est que tout ça mis bout à bout, même si les effets spéciaux sont totalement géniaux, ne parvient pas à m’empêcher de penser que le spectateur est pris pour un profond débile.

Colonel construit donc un mur. Il a des missiles anti aériens, donc il sait qu’il y aura des hélicoptères. Il dispose aussi de roquettes sol-sol, il peut donc subodorer que le mur ne servira à rien face à des tirs courbes. Ah si, ça fait bosser les singes comme des esclaves. Et comme César c’est Moïse, on a besoin d’un mur avec ses belles séquences de coups de fouet. Et comme Colonel a un virus qui lui vrille le cerveau, il colle ses réserves de carburant juste contre le mur, sans prendre l’élémentaire précaution de le protéger par des sacs de sable ... que les esclaves simiesques auraient pu faire mais ça on s’en fout, il est taré ce qui justifie toutes les conneries. Et puis merde, Colonel c’est Kurtz : fan de Apocalypse now, de Marlon Brando, pas besoin de justifier la connerie, il est fou. Ah, je viens de le redire. Mayrde, je dois avoir contracté le virus.

Ennemie de Colonel, l’Alliance du Nord sait que l’hiver vient et que les murs, ça ne sert à rien. En plus ce colonel et sa garde de nuit s’est enfermé dans une ancienne base. Cette base est entourée de montagnes qui la surplombe, il n’a pas de point de replis, bref comme tacticien c’est vraiment une buse. Un cours élémentaire de tactique militaire dirait que si vous disposez d’une supériorité numéraire de troupes, il faut prendre les montagnes qui ne pourront être gardées par la pauvre garnison d’en face. Du sommet vous pourrez alors tranquillement arroser la base en contre bas en attendant sa reddition. Si vous visez juste vous verrez même qu’il y a des citernes contre les murs. La supériorité est dantesque, il suffit de voir la fin cette marée humaine toute droit sortie de Dien Bien Phu. Ben non, on charge tout droit. Et comme on est con au point que ça confine au chef d’oeuvre de la connitude, on envoie les Apaches voleter au dessus de la base pour servir de cibles, alors que les roquettes et missiles Hellfire peuvent être tirés à distance de sécurité. Et les Abrams, ces blindés qu’on voit à la fin, peuvent tirer à 4000 m sans souci des obus qui auraient explosé le pauvre mur. Ben non, on charge. Pourquoi ? Parce qu’on est con et fan de Brassens. Ou alors, parce que on dirait l’assaut de Hoth, et que c’est une scène superbe de l’Empire Contre Attaque. Parce que après ces moments intimes, il faut balancer la purée, voir des missiles partout, des explosions, des Apaches se faire étriller pour la séquence « hélico sans queue tournoie et se prend une montagne ». Et puis comme c’est Kurtz en face, il faut la séquence hélico.

Et tout ça de se jouer sous le regarde Jar Jar Binks habillé en singe et s’amusant à rejouer la Grande Evasion de John Sturges avec le bonnet de Michel Blanc dans les Bronzés font su ski, avant qu’il ne pleure devant la mort de César-Moïse devant la Terre Promise. La boucle est bouclée.

Cette conclusion est une ode aux références cinématographiques de tous horizons, intimiste, intéressant, beau, mais aussi niais et d’une paresse de plus en plus absolue dans les 30 dernières minutes. Et bien vous savez quoi, c’est quand même mieux que Ghost in the Shell et Inferno ! 2017, à nous de vous faire aimer le cinoche.

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