César le bagnard et Maurice le complice

Avis sur La Planète des singes : Suprématie

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Suprématie clôture la nouvelle trilogie servant de préquel à la saga originelle La Planète des Singes. Lancée sous la forme du blockbuster dans Origines, elle s'émancipe du genre dans l'Affrontement jusqu'à s'en éloigner totalement dans cet opus. Car si Suprématie tend à se faire appeler "blockbuster", le nouveau métrage de Matt Reeves a surtout comme ambition de mélanger les genres et de se rapprocher de l'intimisme et de la sobriété que le précédent opus commençait à distiller. Ainsi, le film passe du film de guerre opposant "Humains" à "Indigènes" (les Singes) au western aussi bien dans le face à face musclé mais intelligent entre le colonel et César que dans le paysage désertique, oscillant entre désert, forêt et territoire neigeux.

Origines avait James Franco comme acteur principal, sa vedette étant volée, certes, par César, mais il était la pierre angulaire du récit. Comme pour signaler un effacement progressif de l'humanité, le second opus voyait César partager l'affiche avec un humain bienveillant. Ici, le métrage a pour but d'instaurer la Suprématie des Singes, donc à rayer l'humanité; César est donc bien le protagoniste central du film.
De même, là où Koba était le double singe maléfique de César, le colonel l'est aussi, renforçant l'affrontement entre les deux leaders. Le nouveau méchant interprété par Woody Harrelson est aux antipodes du colonel caricaturé au plus haut point dans Kong : Skull Island. Bien au contraire, il trouve une source d'écriture surprenante dans les similitudes avec le colonel Kurtz, premièrement écrit par Conrad dans Au coeur des Ténèbres puis rematérialisé sous l'oeil avisé de Francis Ford Coppola (d'où les nombreuses comparaisons à Apocalypse Now, comparaison d'ailleurs faîte à l'intérieur même du film "Ape-ocalypse Now"). Corrompu et traqué par ses supérieurs, divinisé par ses soldats qui l'écoutent et lui obéissent comme des animaux obéissent à leur maître, craint par les Indigènes (ici la tribu de César), le colonel a tout d'un être "kurtzien", prouvant alors une écriture plus que "blockbusterienne".

L'ape-uissance de Suprématie réside surtout dans son ton, plus sobre et sombre que d'habitude. Le métrage ne se débarrase pas toutefois de l'humour; au contraire, celui-ci permet de divertir encore plus. Néanmoins, Suprématie étonne par son intimisme. A l'instar du cinéma de James Gray, le nouveau bébé de Matt Reeves est un film de personnages avant tout et non un blockbuster estival à grand spectacle. Si ce dernier reste présent, il sert l'intrigue sans gêner par des scènes d'action idiotes. A l'inverse, les séquences d'action sont moins grandiloquentes, plus minimes. Il faut aussi saluer les effets spéciaux bluffants, et surtout l'exploit d'une réussite exemplaire de la motion capture, le métrage reposant totalement sur cette technologie en faisant le choix logique de faire de César le protagoniste principal.

Dernier volet d'une trilogie récente quasi-parfaite dans son développement des personnages, La Planète des Singes - Suprématie renoue aussi avec la saga originelle avec des clin d'oeils plutôt nombreux. Matt Reeves s'impose comme un cinéaste à suivre grâce à une mise en scène immersive et efficace, sublimée par une photographie somptueuse. Sans atteindre la perfection, Suprématie la côtoie et finalement s'en rapproche tant qu'il n'est pas étonnant d'en entendre parler comme d'un "chef d'oeuvre". Suprématie porte bien son nom : c'est lui le roi parmi les films de cet été.

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