Femme des années 70, accepte le nu, et les sévices...

Avis sur La Prisonnière

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20 mai 1981 dans un studio de télévision parisien, Philippe Bruneau, longiligne moustachu retire sa longue perruque brune et son bas résille. Il est grotesque mais ce n'est pas le seul. Avec ses camarades il vient de participer à un sketch pour le Collaro show. Un faux clip en compagnie de Michel Sardou pour "Etre une femme", où tous ces messieurs se travestissent joyeusement afin d'appuyer le message de Michou. Une séquence qui passerait mal actuellement vu le pedigree de ces messieurs rigolards mais qui à l'époque n'a évidemment fait sourciller personne.

À voir Philippe Bruneau comme ça, avec sa moustache de français moyen et sa petite voix posée et ronronnante, on imagine pas une seule seconde qu'il fut l'époux d'Elisabeth Wiener, héroïne sexy de l'ultime film d'Henri-George Clouzot, "La Prisonnière", sortir en 68. Cette charmante blonde aux faux airs de Deneuve, y découvre les affres de la passion malsaine.

En couple avec Gilbert (Bernard Fresson) artiste plasticien, José (Elisabeth Wiener donc) tombe pourtant sous le charme inquiétant de Stan (Laurent Terzieff), un directeur de galerie d'art propre sur lui qui cache un penchant pour la soumission et les photos pornos.

D'abord curieuse, elle devient troublée par cette main mise sur ses modèles (Dany Carrel en gouailleuse esthéticienne bisexuelle qui arrondie ses fins de mois en posant) avant de découvrir qu'elle est moins attirée par cette relation soft S.M que par le ténébreux Stan qui ne sort jamais sans son eyeliner. Déployant même des trésors bretons kitschissimes pour lui faire accepter une relation "normale" amoureuse, le couple va se heurter aux désirs marginaux impossibles à réprouver - à moins que ça ne soit la détestation de Stan pour l'amour, perçu comme pratique petit bourgeoise.

Clouzot parle un peu de lui même dans ce film qui ne ressemble pas à son cinéma habituel. Influence de la Nouvelle-Vague ? envie d'expérimenter (comme José expérimente les postures sous les projos), prétextant une plongée dans le monde de l'art contemporain pour insérer des collages et montages stroboscopiques. On pense à un Collectionneur sous LSD, ou à une version sage de Belle de jour avec ... Deneuve justement.

Et on pense surtout à la relation teintée de soumission que le réalisateur a entretenu avec Vera Clouzot, son épouse qui a elle aussi dû se plier aux désirs de son mari sur de nombreux films. Rabrouée, insultée traitée sans ménagement devant des équipes entières, la relation entre ce réalisateur perfectionniste et cette semi-actrice brésilienne aurait fait justement jaser actuellement. Ou pas d'ailleurs, j'ai bien vu un jeune paltoquet m'expliquer la semaine dernière que Les diaboliques était un film féministe ! "Oui car les deux femmes s'allient pour tuer le mari !" Bon apparemment il n'est pas allé au bout du film ou n'a pas bien compris de quoi il parlait. Clouzot féministe... Et puis Audiard est gay friendly à cause de Rosemonde qui braque d'autres gangsters peut-être ?

Revenons-en à la prisonnière. On ne peut pas parler de chef d'oeuvre méconnu car certaines idées plombent les plus audacieuses. Le début où Terzieff triture une poupée en plastique, celles où il fait découvrir son curieux appartement à José, et les séances photos sont les plus réussies. Clouzot est bon quand il exploite sa perversité naturelle. Et il se plante un peu quand il aventure ses personnages sur la plage, et les fait basculer dans la guimauve. Ce face à face Fresson - Terzieff sur le toit donne des regrets.

Peut-être que Clouzot aurait du y aller franco de porc avec ce sujet. Après tout c'était 68... L'exploration d'une perversité déviante aurait pu pousser ces deux personnages vers autre chose qu'un combat de judo entre perversité et romance rose bonbon.

Tout comme la perversité si mystérieuse de Stan dans un premier temps, aurait pu se montrer plus complexe qu'un vague goût pour les photos dénudées. Avec le recul ça ne semble pas bien méchant, même Griveaux envoie sa bite en photo à n'importe qui...

La mise en scène du masochisme se limitant à une diapo perdue et quelques directives un peu rudes pour José dans la scène du téléphone. Malgré ces réserves, la prisonnière a quelque chose de fascinant. Est-ce que cela tient au magnétisme de Terzieff, à cette façon de filmer un peu aventureuse pour l'auteur du Corbeau, à ce casting (Dario Moreno et les apparitions de Charles Vanel et Piccoli), ou à ce rôle de premier plan pour Elisabeth Wiener ?

À ce propos, j'ignore ce que Philippe Bruneau a pensé du film, mais il a certainement dû se dire que sa femme était vraiment plus canon que Guy Montagné en nuisette. J'aurais aimé avoir une meilleure conclusion mais ce n'est pas le cas, je vous prie de m'en excuser.

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