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Avis sur La Prisonnière du désert

Avatar Anilegna
Critique publiée par le

Comme toujours, quand je tente une critique d'un des films de mon top 10, je ne sais jamais comment commencer.
Il est des films qui vous coupent le souffle et les mots tellement ils sont évidemment parfaits et au dessus du lot, que tout a tellement été dit et répété que tout ce que l'on peut dire n'est que plagiat ou peut être sans intérêt.
J'ai ce sentiment avec "La Prisonnière du désert', "The Searchers" en anglais car ce n'est pas tant la kidnappée que nous suivons que ces 2 hommes qui cherchent sans relâche et presque sans espoir.

Mais bon, puisque j'ai décidé de me lancer, je me lance et vais dérouler mes pensées.

Visuellement, le film est magnifique, chaque cadre est minutieusement travaillé pour à la fois magnifier le décor naturel et l'imagerie de l'ouest infini emprisonnant l'homme si petit dans son immensité. Chaque image renforce l'impossibilité de la quête de Ethan et Martin. Comment retrouver une enfant enlevée par des Commanches dans le désert et les plaines sans fin et quand les années passent, la question prend toujours plus d'importance alors que les images s'étendent.

Ces 3 hommes, puis 2, que l'ont suit pas à pas sont profondément humains, aussi humains qu'ils peuvent l'être dans ce monde hostile aussi bien perdus physiquement que psychologiquement. Ils sont perdus dans leurs certitudes et leurs préjudices aussi bien que dans leur espoir sans borne.
La première chose qui vient à l'esprit c'est qu'au bout d'un an, puis 2 puis on ne sait plus combien, la fillette est devenue une jeune femme, élevée par les indiens. On pense qu'ils ne pourront pas la retrouver, ou, si c'est le cas, elle ne sera plus la même et sera potentiellement l'ennemi. C'est le suspense ultime de cette chasse à la femme.
Et c'est ce qu'il se passe dans une scène d'une tension haletante où Ethan et Martin retrouvent Debbie, une Debbie devenue Comanche. Le vieil Ethan refuse et ne comprend pas, le jeune et innocent Martin ne voit que sa soeur.
Le film aborde là des questions fondamentales sans avoir l'air d'y toucher. L'inné, l'acquis et le regard de l'autre.
Qui somme nous? Debbie est-elle "blanche" parce qu'elle est née de parents "blancs" ou bien "blanche" parce qu'elle a été élevée en tant que telle. Et son temps passé chez les Comanches fait-il d'elle une traitre à sa "race"? Un monstre à abattre? Faut-il mourir plutôt que de plier? Est-elle moins qu'elle n'était parce qu'elle a acceptée, bien obligée, les coutumes Comanches et le "mariage" avec un "sauvage"? Elle-même pense qu'elle n'a pas le droit de rentrer chez elle maintenant.
Bien sûr, l'oeil moderne ne voit qu'une enfant enlevée à un très jeune âge et qui, devenue adolescente, n'a pas eu le choix de sa vie, de ce couple, ou bien qui a fait consciemment le choix de survivre plutôt que de mourir comme sa soeur aînée.
Mais à l'époque des faits, combien de femmes ont eu à subir l'opprobre pour avoir oser survivre à un enlèvement par les indiens. La victimisation allait bon train et en 1956, la mixité et le métissage n'avaient pas bonne presse.
Ce film sort du schéma

et montre une jeune fille qui survit et qui retrouve le chemin de son foyer, pas indemne loin de là, et sa vie ne sera pas facile mais elle est vivante et acceptée par ceux qui comptent.

Dans ce western au thème sombre et à l'image baignée de lumière (c'est en tout cas l'impression qu'il me laisse), John Wayne trouve l'un de ses meilleurs rôles. Ethan Edwards est un homme dur et seul et qui tout au long du film s'accroche à sa propre haine des indiens pour avancer toujours. Ombrageux et torturé, stoïque et fulminant. C'est un héros fascinant dont les accès de colère et de rage le rendent aussi dangereux que la menace silencieuse que sont les Comanches.
A ses côtés, Jeffrey Hunter, jeune premier au regard d'azur, plante un contrepoint évident au vieux briscard Ethan. Martin Pawley n'est qu'amour, espoir et retenue, peut être trop. Il murira énormément au cours de leur quête.
D'autres personnages croiserons leur route, toujours interprétés par des pointures ou des habitués de Ford tel Ward Bond ou Vera Miles.
Quand les hommes errent, les femmes sont des points d'ancrage fixes ou mouvants. Laurie qui attend Martin désespérément et Debbie qui les force à avancer toujours.

Le film recouvre de nombreux thèmes d'une grande richesse et ne tombe jamais dans le manichéisme. Il serait si facile de faire des indiens les méchants, comme une masse informe et agglomérée. Ford se sert du silence pour les mettre en avant, mettre le doigt sur les massacres dont eux aussi sont victimes. Il n'y a pas de bien ou de mal et le cercle est sans fin, la cruauté est des 2 côtés et dans cette histoire la victime est cette prisonnière cherchée sans relâche mais aussi tout ces gens.
Ford met au centre du tout le lien familial comme lien indestructible. L'homme qu'il a montré tout au long du film, Ethan, crevant les yeux des indiens pour les empêcher de mourir en paix, tuant les bisons, empli de haine, prêt à tuer sa nièce pour la sauver d'elle même et de la souillure qu'elle porte (d'après lui) finit par reconnaître ce lien indestructible du sang, de la famille plus forte que tout.

Ford livre un grand western à la fois classique et atypique. Sans cavalcade et cavalerie, il offre un ouest américain de légende ancré dans une réalité amère.

Ce film est n° 4 dans mon top 10.

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