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La Prisonnière du désert par Biniou

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Le plan final est peut être le plus symptomatique du cinéma de John Ford et c'est aussi celui qui entérine sa réflexion sur les États-Unis et sa recherche de ce fameux peuple américain.
John Wayne quitte une maison au milieu du néant, il part errer seul pour chercher son âme ou sa rédemption dans ce désert qu'il connait si bien, il vient de l'arpenter pendant des années à la recherche de sa nièce, seule survivante du massacre de sa famille mais enlevée par les Indiens.

Continuant sa quête coûte que coûte, n'hésitant pas à prendre des décisions incompréhensibles, il est rongé de l'intérieur par quelque chose. Peut être sa place dans sa famille qu'il a perdue ou qu'il n'a jamais trouvée, son frère ayant épousé la femme qu'il aimait. Une chose est sûr, il se sent en mission, presque divine, il doit rendre cette jeune fille aux Blancs, lui qui déteste les Indiens comme la peste, il doit permettre à la communauté, dans laquelle personne ne croit plus, de se reformer autour de Debbie sa nièce.
C'est cette quête intérieure qui est le véritable noyau du film, Ford suit pendant 7 ans (il me semble) Wayne parcourir chaque centimètre carré de Monument Valley, il tourne en rond à la recherche de son double, ce fameux Scar, chef de guerre indien qui a fait de Debbie sa femme, ultime affront pour Wayne. Le voilà qui perd alors son but et même si dans un ultime élan d’humanité il surpassera le dégout qu'elle lui inspire pour la ramener "chez elle", ce n'est que de la poussière aux yeux.
Il la ramène donc, reconstituant cette famille qui vit en poste avancé dans une terre hostile, Martin son "neveu" qui l'accompagnait dans sa quête peut alors épouser sa promise, la vie va reprendre pour les gens de cette communauté typique des pionniers. Mais Wayne lui, laissant cette belle famille pénétrer dans la maison reste sur le pas de la porte, on croit qu'il va accompagner tout ce petit monde mais il se retourne avec sa fameuse démarche pour s'en aller parmi ses démons intérieurs, il n'a rien à faire ici, son sacrifice est accepté. En fait The searchers est un film si complexe, ambigu et qui brasse tellement de thèmes qu'il est quasi-impossible de tous les aborder en une seule fois, ce qui en fait sans doute sa plus belle qualité, j'en suis à ma troisième vision de cet immense chef d’œuvre et c'est à chaque meilleur. Plus je connais le film, plus je peux m'arrêter sur des détails, par exemple un regard de Wayne sur une femme devenue folle après sa captivité avec les indiens, il fait passer dans ce sublime plan plus de choses que certains font passer en une carrière. Et je ne m'étends par sur la beauté plastique du film tellement cette dernière est évidente.

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