S'il ne saignait pas, ce ne serait pas Billy

Avis sur La Rage au ventre

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Le match est terminé. La lourde ceinture sur la taille et les poings levés, la victoire se célèbre et les flashs crépitent.

Là où les ellipses interviennent ou le générique de fin fige l'écran, la caméra s'attarde dans le vestiaire sur le sang qui souille les serviettes d'une blancheur virginale, des blessures profondes zébrant le visage de Jake Gyllenhaal entre les mains de son épouse. La douleur irradie encore son corps martyrisé, roué de coups. Ses gestes sont lents et lourds. Chacun d'entre eux requiert une énergie qui malmène un peu plus le corps endolori et brisé.

Un peu plus tard, les uppercuts assassins du deuil et de la défaite réussissent à mettre le champion au tapis. S'il peut sentir le carrelage froid de la douche contre son dos, il appelle en vain sa femme alors que les cafards l'abandonnent déjà. Mais la douleur physique n'est rien en comparaison du poids de la culpabilité, de la perte des repères, de l'impression de ne pas pouvoir se réveiller d'un cauchemar ou émerger d'un bad trip. Elle n'est rien en comparaison du chemin de croix de sa propre reconquête, de sa dignité. Jake Gyllenhaal se montre encore une fois habité, aussi sauvage que vulnérable, aussi flamboyant que désorienté, comme le sportif qu'il incarne et qui était jusqu'ici choyé, materné, dirigé. Qui n'avait rien d'autre à faire que de boxer et d'assurer à sa famille une opulence matérielle bien fragile. Il porte littéralement le film sur ses épaules musculeuses. Son face à face avec Forest Whitaker, faussement impassible, est évident et sonne juste et clair, comme la cloche qui marque l'entame de chaque round.

La réalisation d'Antoine Fuqua est dynamique et magnifie aussi bien la performance de l'acteur que la signification de la traversée du désert de son personnage, son retour aux sources dans une salle décrépie d'un quartier à l'abandon. Il est un peu dommage, sans que cela nuise pour autant au film, que cette histoire soignée de renaissance soit si classique et sans surprise. Cette évolution en terrain connu empêche le spectateur de ressentir les mêmes émotions que celles suscitées par un Warrior, un Rocky Balboa, voire un Fighter.

Mais le drame sportif d'Antoine Fuqua, s'il ne décoche pas les uppercuts qui laisseraient le spectateur KO, combat avec panache et laisse quelques belles images dans la tête de son public.

Behind_the_Mask, sparring partner.

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