👉 20 mai : Mise à jour de notre journal de bord (qui devient hebdo)
Le bilan de la nouvelle version du site est accessible ici.

Le survival est un genre protéiforme : de hommage effrayé à la nature hostile de La Lettre inachevée à la complexe cohabitation avec l’homme qui tente de la dompter (Jeremiah Johnson, ou encore Le Convoi sauvage et son remake par Inarritu, The Revenant), il permet un équilibre souvent ambivalent, entre l’éloge du courage humain et le blâme de sa présomption face à une instance immanente qui le dépasse jusqu’à le dévorer.

Walkabout est un film de son époque : quasi expérimental, peu prolixe, il s’ouvre sur une présentation de ce qu’est la civilisation urbaine pour mieux la fuir : un monde orthonormé, bruyant, saturé, qui reviendra de temps à autre par contrepoint avec tout ce que l’exploration de la nature occasionnera.

Il ne s’agit pas à proprement parler de proposer un discours établi : sur les motifs, par exemple, du suicide initial du père condamnant ses deux enfants à une liberté errante, ou sur la relation que la fille va nouer avec l’aborigène qu’elle éconduira finalement. Complexe et ambivalent, le récit propose des échappées qui se refusent à opposer de façon binaires deux mondes de toute façon irréconciliables. Le lyrisme visuel (et musical, par le recours à des chœurs en harmonie avec les majestueux paysages) semble souvent se suffire à lui-même : les personnages sont des invités d’un décor qui les domine, et les accueille avec plus ou moins de bienveillance, les mettant au même niveau que les insectes ou la faune évoqués de temps à autre par de très gros plans : regard entomologiste, dénué de discours, qui étude l’interaction entre la nature et les hommes, qu’ils sachent l’appréhender ou non. Les blancs dans le bush semblent perdus, mais tout autant que les aborigènes le sont face à leur présence, la carcasse d’une voiture brûlée ou l’architecture décatie d’une maison abandonnée. Chez Roeg, tout est l’occasion d’une étrangeté, d’une singularité stimulante, presque surréaliste, proche de l’univers de Skolimowski, notamment dans Deep End : une poésie psychologiquement déconcertante et visuellement très belle.
De ce montage abrupt surgissent des images figées, comme dans cette chasse au kangourou qu’on pourrait voir comme le pendant aborigène de la barbarie blanche de Wake in Fright, ou des cuts sur la boucherie industrielle ou des ballons sonde surgis de nulle part. Ce montage par analogie contient sa propre cohérence, comme celle proposée par le Koyaanisqatsi de Reggio, mais déconcerte davantage parce que proposée au sein d’un récit doté d’une certaine linéarité.

Très travaillé visuellement, le film joue surtout sur l’interaction entre les personnages et l’espace arpenté : des déserts arides et démesurés (un jeu sur les proportions inhumaines que reprendra Gus Van Sant dans Gerry) à la jungle, d’un cimetière industriel aux superbes cadrages dans la maison abandonnée, il vante autant la beauté du monde que la difficulté à l’investir à l’échelle humaine.

Mais les humains ont beau s’y suicider, Roeg sait aussi marquer la rétine par un instant édénique qui peut rester le grand souvenir du flot d’image proposé par le film : une sylphide se baignant, nue, dans les eaux cristallines d’une paisible rivière.

(7.5/10)

Sergent_Pepper
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de coeur et l'a ajouté à ses listes Nature, OFNI (Objet Filmique Non Identifiable), Dénonciation, Les meilleurs road movies et Les meilleurs films sur la beauté de la nature

il y a 5 ans

40 j'aime

6 commentaires

La Randonnée
Gand-Alf
7

L'innocence s'en est allé.

Premier long-métrage en solo du britannique Nicolas Roeg, Walkabout, librement adapté du roman de James Vance Marshall, fait partie de ces petits classiques oubliés, ces oeuvres scandaleusement...

Lire la critique

il y a 6 ans

23 j'aime

3

La Randonnée
Alligator
7

Critique de La Randonnée par Alligator

Sept 2009: Très étrange film. Sa forme apparait d'emblée comme très originale avec des cadrages, des prises de vue dont le montage rapide relève encore plus les caractères innovateurs de l'ensemble...

Lire la critique

il y a 9 ans

21 j'aime

1

La Randonnée
Johannes_Roger
10

Critique de La Randonnée par Johannes Roger

En plus d’être le meilleur film de son auteur, ainsi qu’un de mes dix films préférés de tout les temps, « Walkabout » (La randonnée) (1970) est un magnifique récit sur la confrontation entre la...

Lire la critique

il y a 8 ans

18 j'aime

6

Lucy
Sergent_Pepper
1
Lucy

Les arcanes du blockbuster, chapitre 12.

Cantine d’EuropaCorp, dans la file le long du buffet à volonté. Et donc, il prend sa bagnole, se venge et les descend tous. - D’accord, Luc. Je lance la production. On a de toute façon l’accord...

Lire la critique

il y a 7 ans

706 j'aime

103

Once Upon a Time... in Hollywood
Sergent_Pepper
9

To leave and try in L.A.

Il y a là un savoureux paradoxe : le film le plus attendu de l’année, pierre angulaire de la production 2019 et climax du dernier Festival de Cannes, est un chant nostalgique d’une singulière...

Lire la critique

il y a 3 ans

646 j'aime

46

Her
Sergent_Pepper
8
Her

Vestiges de l’amour

La lumière qui baigne la majorité des plans de Her est rassurante. Les intérieurs sont clairs, les dégagements spacieux. Les écrans vastes et discrets, intégrés dans un mobilier pastel. Plus de...

Lire la critique

il y a 8 ans

578 j'aime

53