Festival de la bluette indigeste

Avis sur La Reine des Neiges

Avatar Kayn
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Autant attaquer directement: ce film remporte la palme d'or de la niaiserie. Survendu comme le "meilleur film d'animation de Disney" depuis la renaissance du studio au début des 90's, cette bluette se résume à une compote de guimauve nappée au miel et parfumée aux pétales de roses. Tous, absolument tous les stéréotypes éculés de la princesse Disney la plus fâdasse se bousculent dans le film. A part la première chanson (qui rappelle beaucoup, et avec bonheur la "Virginia Compagny" de Pocahontas, passage encourageant qui n'en rend la déception concomittante que plus terrible encore), toutes les autres chantent "l'amour" le plus sirupeux possible, et de la façon la plus mièvre que l'on ai pu trouvé.

Oubliez les filles de caractères: Jasmine, qui se rebelle contre un mariage imposé, Pocahontas qui stoppe la haine entre deux peuples, Mulan, qui part en guerre contre les Huns et en démontre aux hommes, Tiana, qui prend sa vie en main et réalise son rêve contre vents et marée. Oubliez toutes ces femmes fortes, impressionnantes, admirables: dans la reine des Neiges, le seul et unique but de l'héroïne est d'aller au bal pour trouver son prince charmant, comme si une jeune fille n'avait pas à avoir d'autre but dans son existence que de se dégotter un mari. Même Raiponce, dans sa naïveté, était infiniment plus touchante que ce pur produit la jeunesse américaine "Disney Princess", totalement dénuée de profondeur. Car ce qui pouvait passer dans Cendrillon ou la Belle au Bois Dormant, dans la société patriarcale des années 40 et 50, laisse en ce début XXIème un arrière-goût amer. En 2013, voilà le rêve qu'on vend aux jeunes filles: "sois belle, vas au bal, maries-toi et tu seras heureuse". Vite, un seau.

En face, Elsa, la fameuse "Reine des Neiges", pose un personnage plus torturé, plus riche. Déchirée entre l'affection qu'elle porte à sa soeur et la peur qui l'étreint de lui faire du mal malgré elle, elle crée une barrière entre elles, pensant faire au mieux, alors qu'elle ne fait qu'accentuer sa détresse. Personnage touchant, puissant, prisonnière d'un cercle vicieux alimenté par sa peur de nuire. Mais toute intéressante qu'elle soit, elle finit inévitablement par se noyer dans l'océan de miel du scénario de cette bluette du niveau des productions bas de gamme de Disney Channel. Et cela par la grâce d'un dénouement, certes bien vu, mais là encore traité par son approche la plus niaise possible.

Reste une galerie de second couteau, Kristoff, Olaf et Sven en tête, plutôt attachants mais souffrant du défaut de n'être que des erzatz de personnages de l'excellent Raiponce (Kristoff et Sven faisant respectivement office de "sous-Flynn Rider" et de "sous-Maximus").

En réalité, le seul vrai point fort de ce film est sa réalisation. Graphiquement, c'est indiscutablement un joyau, qui place la barre très haut et pour longtemps. Beaucoup de choses ont été écrites sur le traitement de la neige dans ce film, et force est d'admettre qu'aussi dythirambiques quelles qu'aient pu être ces critiques, elles sont encore très loin du compte. Cet enchantement pour les yeux rend le gâchis de ce scénario encore plus douloureux à encaisser.

Si vous voulez un beau conte pour Noël, qui puisse toucher tous les enfants de 7 à 97 ans, et pas seulement les gamines californiennes pourri-gâtées de 11 ans, revisionnez plutôt les 5 Légendes.

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