A l’ère glaciaire de la création

Avis sur La Reine des Neiges II

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Des scies et des princesses, mais le geste est fort à défaut d’être artistique, car il est rare que Disney fasse ses suites au cinéma, plutôt que dans la discrétion des toilettes pour DVD.

Si l’on oublie ce qui a précédé, et surtout son succès pour ne pas en faire la cause de toutes les causes, on ne peut pas ne pas être étonné du mercantilisme de la démarche. Certes, on peut l’être de ces affreux visages ronds aux gros yeux en amande, de ces chansons forcées ou imposées pour trouver en vain un tube ou gâcher l’accueil des pseudo-nordiques par les pseudo-inuits avec un truc ethnique, et de ce message idiot sur l’amour qui lie tout le monde quand tout le monde ou presque se range derrière les élus qui sont seuls capables de faire « the next right thing ». Mais on l’est trop par cette robe qu’Elsa gagne sans raison quand elle se découvre elle-même, ou par cette sacoche qu’Anna serre si fort contre son cœur quand elle pleure sur Olaf, car il ne s’agit là que de dire aux adolescentes comment s’habiller comme elles ne seront jamais. Il y a même un nouveau gentil monstre, prêt à égayer le dodo des pré-ados, et ces bottines des héroïnes montrées de façon répétée, pour pousser le râteau jusqu’aux post-ados. Que le monstre soit un décalque sans âme de Calcifer, ça permet toujours de rappeler que The lion king en était un de Janguru taitei, mais on n’en est plus là, pas plus qu’à ce formatage qui fait du Danemark un monde à l’authenticité calculée pour être facilement inclus dans n’importe quel Disneyland. L’idée la plus originale est peut-être la mémoire de l’eau, qui est une théorie bidon par chez nous, mais un truc qui aurait pu être poétique et qui tourne au simple filon chez Disney, dont l’autre idée est de faire d’Elsa rien moins que le Cinquième élément de l’inévitable Forêt enchantée.

Frozen II n’est qu’une livraison de béton pour monter ce Disneyland spirituel qui s’ajoute au temporel, celui qui s’impose au grand public dès le plus jeune âge, et où le cinéma n’est au mieux qu’un vecteur du prêt-à-consommer sinon une victime.

Pour public averti (et qui n’a ni crainte ni espoir à avoir quant au coming out d’Elsa) : Frozen II (2019) de Chris Buck et Jennifer Lee (dans cette idée si risquée de prendre les mêmes et de recommencer), avec les voix de sombres inconnus si ce n’est celle d’Iduna (« jouée » par une actrice vue dans la série Westworld), mais de grands acteurs comme Dany Boon en France (où les traducteurs ont peut-être manqué l’occasion d’ajouter un truc au titre comme « parce que le 1, on l’a cassé ! »)

Avis publié pour la première fois sur AstéroFulgure

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