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La Reine des neiges… II.
Face à l’affiche, une étrange sensation m’a saisi.
J’avais beau ne pas avoir de souvenir de l’affiche du précédent film, je savais malgré tout que cette dernière était certainement plus créative que… ça.

Tous les héros au garde à vous, alignés comme des jouets dans une galerie de verre. Aucune composition. Même pas une atmosphère qui se dégage. Juste ce tapis de feuilles automnales. Et puis ce titre, posé là comme une étiquette. « La Reine des neiges II ».
Ne manquait plus que le prix.

Je veux bien entendre qu’une affiche ne soit pour certains qu’un support publicitaire. Mais pour moi elle reste malgré tout mon premier contact avec un film. Un premier contact qui n’est jamais vraiment anodin dans sa composition.
Or là, cette affiche avait l’air de me dire quoi ?
« On reprend les jouets qu’on t’a vendus quelques années plus tôt. On change un peu les coiffures et les habits histoire de justifier ton achat. Mais sinon on n’a rien à dire. Rien à raconter. On est juste là pour te servir la soupe. »
Ou plutôt non : « On est juste là pour te resservir ton petit plat surgelé. »
Et ça n’a pas manqué.

Dès le début, on est légitimement en droit d’avoir l’impression qu’on nous ressert le même plat.
Mêmes personnages. Mêmes lieux. Mêmes simagrées.
En seulement vingt minutes d’exposition on s’est déjà bouffé quatre chansons (si si, j’ai compté : je n’exagère rien), une bonne demi-douzaine de bêtises d’Olaf, des remarques et des bouilles niaiseuses d’Anna par palanquées entières, et surtout un terrible secret qu’Elsa se doit de garder au plus profond d‘elle avant de se libéééééreeEEEEEER… Enfin bon, vous avez compris...

Alors vous allez me répondre : « oui mais bon, tu t’attendais à quoi ? C’est "La Reine des neiges II"! Bien sûr qu’on va avoir de "La Reine des neiges" et rien que de "La Reine des neiges !" » Ce à quoi j’aurais envie de répondre : « Bah non… Si je voulais revoir "La Reine des neiges" premier du nom, j’avais pas besoin de me rebouffer une copie conforme au cinéma. Un DVD d’occaz ça m’aurait largement suffi et ça m’aurait coûté moins cher… »
(Et en plus on connait déjà les paroles…)

Mais bon. A cela d’autres me diront que je suis de mauvaise foi : que des changements, il y en a. Et ce n’est pas faux.
Dans les faits, à partir de vingt minutes de film, ça y est – enfin – une péripétie se lance et toute la troupe part à l’assaut d’un monde nouveau qu’on nous a présenté en introduction : une sorte de mélange entre l’Amérique de « Pocahontas », le Royaume de Dunbroch dans « Rebelle » et le Bourg-Palette de « Pokémon ».
Des indiens, des colons, des runes aux effigies des quatre éléments et c’est parti : « Attrapez-les tous ! Attraaaaappeez-leees touuuuuuus ! »
(Puis « Libérez-les ! Délivrez-les ! » Vous connaissez la chanson…)

Alors c’est vrai que malgré cet ajout qui a des faux-airs d’add-on kysteux, au bout d’un moment le savoir-faire légendaire de Disney sait faire son effet.
Les décors sont magnifiques.
Quelques créatures ont une vraie force suggestive...

(Je pense au cheval des mers mais surtout aux splendides géants. Le moment où Anna navigue au milieu d’eux, j’ai trouvé ça particulièrement réussi)


Et puis surtout, Disney sait aussi et surtout construire des moments particulièrement bien orchestrés. Même si ça chante parfois faux (au risque même de saper régulièrement le rythme de l'intrigue) et même si ça clignote de petites fées dans tous les coins, la maitrise de certains élans savent vraiment faire mouche...

(Le moment où Elsa découvre qu’elle est le cinquième élément est par exemple particulièrement bien fichu.)


...et – globalement – on peut estimer qu’à la fin, cet épisode ne s’est pas foutu de nous. Il a su trouver un point d’équilibre assez fin entre reprise et refonte, entre rappels et renouveaux, entre attendus et surprises…

Seulement voilà, ce point d’équilibre on peut le discuter aussi.
Car à bien y regarder, entre suite et redite, les vieilles recettes du premier épisode ne sont pas toujours bien décongelées.
Au fond, tout cela ne reste qu’une histoire d’apparence, d’une coupe de cheveux qu’on change, sans que rien dans le fond ne soit apporté.
Car à bien tout prendre, on assiste là à la même histoire, point par point.

Au départ tout le monde est heureux dans le Royaume d’Arendelle. Mais Elsa est habitée par un secret intérieur qu’elle ne peut libéé… dévoiler. Ça finit par lui échapper. Arendelle se retrouve dans la mouise par sa faute. Elle part au loin et finit par se retrouver seule. Elle pense d’abord avoir trouvé le moyen de libérer-délivrer Arendelle de sa malédiction mais elle découvre qu’un prince-charmant n’était pas aussi charmant qu’elle le pensait, et elle va avoir besoin de sa sœur pour tout remettre dans l’ordre. Final où Elsa et Anna, main dans la main, sauvent Arendelle et le monde rajouté en DLC. That’s all folks ! Fin.


Pas de surprise donc, juste une étrange impression de redite. Voire de travestissement.

Car à changer les skins sans changer le fond on fait finalement s’écrouler tout ce qui pouvait faire le sel, de mon point de vue, du premier épisode.
En tout cas, me concernant, ce qui avait fini par me séduire, c’était cette capacité qu’avait su avoir le film de déconstruire progressivement – et de manière assez surprenante – les structures classiques et rétrogrades d’un bon vieux Disney.

L’air de rien, à la fin du premier "Reine des neiges", le prince-charmant n’était pas si charmant que cela, Anna était présentée comme bien cruche d’en être tombée amoureuse au premier coup d’œil, et surtout, en guise de conclusion, l’amour sororal était présenté comme plus salvateur que l’amour matrimonial.


Moi, ça, ça m’avait plu. J’avais trouvé ça malin. Malin et bienvenu.

Qu’est-il resté de cette démarche dans ce « Reine des neiges II » ?
A dire vrai une idée pas trop mauvaise au départ puisqu’il s’agit de casser le mythe du pionnier américain qui s’impose naturellement dans un nouveau monde au mépris des populations autochtones. Seulement voilà, le schéma étant désormais connu, dès qu’on voit les premiers autochtones de ce nouveau monde, les intentions des auteurs s’allument alors comme une vraie piste d’atterrissage.
Et, au lieu d’être une surprise malicieuse, le propos de fond devient au contraire une démonstration balourde. Démonstration d’autant plus balourde qu’à cela vient s’y greffer un drôle de trip sur la mémoire de l'eau (un placement de produit des laboratoires Boiron ?), mais également un Lando Calrissian disneyien histoire d’avoir un personnage de noir bien sympa dans un monde un peu trop blanc aux regards des préoccupations morales de notre époque. Et comme en plus, la résolution de tout ça a quelque-chose d’un brin hypocrite et niais, moi personnellement ça m’a laissé un petit goût factice dans la bouffe…

(Parce que bon, le côté « Allez maintenant les descendants de colons et les descendants d’indigènes on va arrêter de se battre et on va vivre main dans la main ! » ça pourrait avoir du sens si, dans le l’Amérique d’aujourd’hui il n’y avait pas 98,4 % de descendants de colons et seulement 1,6% descendants d’indigènes. Pour le coup, les gars, vous arrivez un peu tard dans la bataille…)


Alors oui, d’accord pour dire que ce film fait le job en trouvant un point d’équilibre plutôt honnête. Mais par contre, non, je suis désolé, en termes de ressenti, j’avoue que je trouve qu’il se dégage de tout ça quelque-chose qui manque d’originalité et de malice.
Faire chevaucher Elsa à travers les éléments, c’est vrai, c’est beau, mais c’est déjà vu et c'est peu.
Faire chanter Kristoff comme dans un vieux clip de Rock Voisine, c’est vrai, c’est amusant, mais ça ne retire rien au côté exaspérant de toutes ces chansons qui maltraitent le rythme.
Vouloir casser l’imagerie colonialiste présente dans les classiques Disney, ce n’est pas imbécile, mais quand c’est martelé aussi peu subtilement que ça, ça devient franchement lourd et contreproductif.

Au fond, ce « Reine des neiges II » est un pur produit Disney comme on commence un peu trop à s’y habituer ces derniers temps. C’est un produit bien manufacturé certes, mais un produit taillé sur mesure pour plaire aux fans sans choquer personne. Un simple skin sans audace ni ambition. Sans prétention ni création.
Un film qui, au fond, nous prépare au mieux pour recevoir la probable jolie coquille vide que sera le prochain « Star Wars… »
Ah Disney… Quand tu t’y mets…

lhommegrenouille
4

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